TRILOK GURTU : LES DISQUES DE SA VIE
1 mars 2020
TRILOK GURTU
LES DISQUES DE SA VIE
En promotion pour son nouvel album “God Is A Drummer”, le percussionniste indien TrilokGurtu nous a confiéla liste des disques qui ont comptédans sa vie.
Par : Lionel Eskenazi.

ORNETTE COLEMAN
“Something Else” (Contemporary, 1958)
C’est un disque historique ! Il s’agit du tout premier album d’Ornette Coleman. C’est un quintette avec Don Cherry, Don Payne, Billy Higgins, et le pianiste Walter Norris ! On sait qu’après cet album, Ornette se passera pendant longtemps de piano et de tout instrument harmonique. J’ai une affection particulière pour ce quintette éphémère qui interprète avec beaucoup de fraîcheur les toutes premières compositionsd’Ornette comme The Blessing ou When Will The Blues Leave. J’ai eu la chance de rencontrer plusieurs fois Ornette Coleman et nous avons eu l’occasion de jouer ensemble chez lui en compagnie de Bill Laswell ! En ce qui concerne Don Cherry, j’ai débuté avec lui et nous avons souvent collaboré ensemble. C’était un ami proche et un musicien très ouvert sur toutes les musiques du monde et les philosophies orientales.Il est le premier à avoir introduit la world music dans le jazz.

SLY & THE FAMILY STONE
“Stand !” (Epic, 1969)
Sly Stone est un grand précurseur, il a réussi à mélanger la musique funk et la pop psychédélique avec beaucoup de joie, de ferveur, et de feeling ! Miles Davis était un grand fan de ce groupe. J’ai une adoration particulière pour le batteur de cette formation, le grand Greg Errico. Un batteur blanc dans un groupe de funk, c’était quelque chose d’extrêmement rare ! Cet album “Stand !” est indémodable, on y trouve les grands succès du groupe comme Sing A Simple Song, Don’t Call Me Nigger, ou I Want To Take You Higher. C’est la période du festival de Woodstock et ils étaient au sommet ! Pour moi, cette musique est une source d’énergie, de bonheur, et de groove !

PATTO
“Patto” (Vertigo, 1970)
Voilà un groupe de rock particulièrement méconnu, surtout en Inde, où je devais être l’un des seuls à posséder ce disque ! A cette époque je jouais du rock et j’en écoutais beaucoup. J’aime beaucoup la voix du chanteur Mike Patto et le jeu de guitare d’OllieHalsall. C’était un groupe de rock plutôt singulier qui n’hésitait pas à pratiquer l’improvisation, comme en témoigne le long morceau délirant de plus de dix minutes intitulé Money Bag. Malheureusement la musique rock aujourd’hui est devenue beaucoup plus formatée et on ne retrouve plus le talent, la folie, et la sauvagerie, de cette époque et c’est bien dommage !

MILES DAVIS
“Jack Johnson” (Columbia, 1971)
Je suis un inconditionnel de la musique de Miles Davis jusqu’en 1975, mais j’ai une affection particulière pour sonvirage électrique et la séance studio de“Jack Johnson”. J’adore ce disque car John McLaughlin y joue un grand rôle et j’ai toujours été passionné par son jeu de guitare et celabien avant que je ne joue avec lui !Beaucoup de gens ne retiennent que sa rapidité dans les chorus, mais ils oublient qu’il est un accompagnateur fabuleux avec un jeu d’une grande force harmonique et rythmique. Il n’y a aucun guitariste équivalent à McLaughlin et personne n’a mieux compris que lui la musique indienne !“Jack Johnson” estun très grand disque composé de deux longues plages improvisées avec un groupe exceptionnel (Billy Cobham, Herbie Hancock, Steve Grossmanet Michael Henderson). Sur mon album “Spellbound” en 2013, où je rends hommage aux grands trompettistes, j’ai pris beaucoup de plaisir à reprendre une partie de “Jack Johnson” que j’ai mélangé avec un extrait de “On The Corner” (Black Satin) avec le trompettiste Nils PetterMolvaer. Ce fût un grand moment !

KING SUNNY ADE
“Juju” (Island, 1982)
J’ai une grande passion pour la musique africaine qui démarre pour moi avec les chants pygmées. J’ai eu l’occasion de collaborer souvent avec des musiciens africains, en particulier des vocalistes comme Salif Keita, Oumou Sangaré ou Angélique Kidjo. J’aime beaucoup la musique du Nigeria, on cite toujours l’afro-beat de FelaKuti, qui est effectivement incontournable, mais il me semble que l’on oublie trop souvent de citer KingSunnyAdé, qui personnellement m’émeut beaucoup ! Il y a une grande finesse et beaucoup d’élégance dans cette musique qui nous transporte dans une espèce de transe obsessionnelle et magique tout à fait particulière ! Si beaucoup de formation aujourd’hui arrive à reproduire la musique de Fela, ils sont peu nombreux à s’attaquer au répertoire de King SunnyAdé, car il me semble que c’est difficile de recréer ce climat poétique si singulier !
CD : “God Is A Drummer” (Jazzline/Socadisc)
CONCERTS : Le 28 mars au MindelheimerJazztage (Allemagne).


