Théâtre : A Love Supreme

1 févr. 2007

ACTUALITES

A LOVE SUPREME

PAROLE ET MUSIQUE

 

Bienvenue au théâtre-jazz : Luc Clémentin adapte et met en scène un texte d’Emmanuel Dongala sur John Coltrane sous la forme d’un dialogue entre un comédien et trois musiciens.

 

Au Tarmac de La Villette le spectacle n’est pas dans la salle mais dans le foyer qui la jouxte. Ce véritable bar à la décoration impressionnante (les bouteilles montent jusqu’au plafond) se transforme tous les soirs en boîte de jazz où le patron-barman (joué par Adama Adepoju) nous conte l’histoire de sa  rencontre avec John Coltrane. Il est entouré d’un trio de jazzmen français capable de relever le défi Coltranien (Sébastien Jarousse aux saxophones, Jean-Daniel Botta à la contrebasse et Olivier Robin à la batterie). Cette rencontre avec Coltrane s’est réellement produite dans la vie de l’écrivain congolais Emmanuel Dongala lorsqu’il était étudiant à New-York dans les années 1960. Elle lui a inspiré la nouvelle A Love Supreme, tirée du recueil Jazz et Vin de Palme. L’évocation du génial saxophoniste débute par l’annonce de sa mort en juillet 1967 et remonte le temps à travers des flash-back qui relatent des moments importants de sa carrière (les concerts du Vanguard et du Birdland, la ségrégation et la lutte pour les droits civiques, les créations de Alabama et A Love Supreme, le rapport à dieu et au cosmos).

Le metteur en scène Luc Clémentin a décidé d’adapter ce texte au théâtre en utilisant le talent de conteur du comédien ivoirien Adama Adepoju et a eu l’idée de demander au trio de Sébastien Jarousse d’effectuer aussi une adaptation, mais musicale, de l’univers de Coltrane. La confrontation de ces deux adaptations prend la forme d’un dialogue où les mots et la musique ne font qu’un. Les musiciens sont des personnages jouant leur propre rôle et la musique fait partie intégrante du texte, sans le plagier, ni le ponctuer, mais en s’inscrivant dans le même souffle, la même respiration.

La grande idée musicale de ce spectacle est de conserver le format du quartette (chère à Coltrane) et de le transformer en un trio de musiciens plus un comédien. L’absence de piano va ajouter un côté tribal aux morceaux, les rapprochant de leurs racines africaines (grâce à la maitrise de la polyrythmie de Robin et au talent d’architecte sonore de Botta). Sébastien Jarousse réinterprète avec respect, modestie et brio : Crescent, Expression, A Love Supreme… ainsi que deux morceaux de sa composition qui s’intègrent parfaitement aux autres. Olivier Robin incarne dans un solo particulièrement dense, la lutte pour les droits civiques à coups de mailloches appropriés. Jean-Daniel Botta, seul à l’archet nous propulse dans les insondables mystères de l’univers. Adama Adepoju, complètement habité par son personnage, effectue une performance d’acteur incroyable, scandant ses mots avec une frénésie comparable au déferlement de notes qui s’échappe du saxophone de Coltrane, sachant aussi, avec charme et séduction, interpréter l’équivalent de la ballade Coltranienne.

Lionel Eskenazi

 

EN REPRESENTATION :

-Du 10 février au 10 mars au Tarmac, à La Villette, à Paris

-Du 15 au 17 mars à La Maison Folie de Moulins, à Lille

-Du 11 au 15 avril à St Brieuc, dans le cadre du festival : « Des Petits Riens »

A LIRE :

Emmanuel Dongala : « Jazz et Vin de Palme » aux éditions du Serpent à Plumes