Les gens du jazz : Franck Descollonges

1 juin 2026

LES GENS DU JAZZ

FRANCK DESCOLLONGES

 

Chaque mois, celles et ceux qui œuvrent en coulisse pour faire tourner le monde du jazz se racontent. Aujourd’hui le directeur du label “Heavenly Sweetness” : Franck Descollonges.

 

Par Lionel Eskenazi  /  Photo X/DR

 

Que faisiez-vous avant 2007, année où vous avez créé le label “Heavenly Sweetness” ?

J’ai fait cinq ans d’études de droit et puis j’ai loupé mon concours pour être avocat, alors j’ai tout laissé tomber et je me suis inscrit dans une école de commerce. J’ai toujours été passionné par la musique et je suis un grand collectionneur de disques depuis mon enfance. J’ai eu l’occasion de faire deux stages de six mois chez Virgin Records, où j’ai fait du marketing, puis de l’édition, tout en poursuivant mes études de commerce. A la fin de mes études, Virgin Records m’a proposé un poste de chef de projets, c’est à dire responsable d’artistes en marketing.  j’y suis resté sept ans.J’ai travaillé aussi chez Wagram Music pendant quatre ans, où j’étais directeur de la distribution. Chez Virgin, Je me suis occupé d’artistes qui m’intéressaient, mais quelquefois ça me rendait malheureux de devoir défendre des projets qui ne me passionnaient pas. Alors la seule solution, c’était de créer mon propre label et j’ai pu le faire dans le cadre d’un plan social en touchant une aide au développement d’entreprise.

Comment s’est passée la création du label ?

Il se trouve que j’ai rencontré Antoine Rajon, qui est lyonnais comme moi, mais nous nous sommes connus à Paris. Antoine est aussi un grand passionné de musiques, très respecté du milieu des diggers. C’est un fou de jazz, mais aussi de musiques africaines et caribéennes et il s’est occupé de “Paris Jazz Corner”  pendant dix ans. Il a créé le label Isma, puis je l’ai aidé et étant moi-même digger, je l’airejoint dans l’aventure d’Heavenly Sweetness. Le courant est bien passé entre nous et nous avions envie de défendre les mêmes musiques autour d’un nouveau label. Sachant que le jazz représente 5 % du marché en France, mais également 5 % du marché dans le monde, nous avons très vite décidé de ne pas s’enfermer dans le marché franco-français, mais de pouvoir être distribué dans le monde entier.

 

Comment définiriez-vous la ligne directrice d’Heavenly Sweetness, son esthétique, sa philosophie ?

Au départ avec Antoine, l’idée était de publier la musique que nous aimions. Il se trouve que nous partagions le même amour pour les musiques noires, quelles soient américaines, caribéennes ou africaines, autour du spiritual jazz, du funk, de la soul, du reggae, du slam, du rap, du zouk, du jazz créole, de l’afro-beat, de l’éthio-jazz et j’en passe….Nous avions envie de développer tout ça sur notre label. Au tout départ on ne publiait que du jazz avec des artistes comme Doug Hammond ou Monette Sudler, puis nous avons rencontré Blundetto qui nous a fait prendre un virage reggae. Après, nous avons eu la chance de découvrir le grand poète-chanteur-slameur trinidadien Anthony Joseph, dès ses débuts discographiques en 2007. C’est Antoine qui était son manager à cette époque et il a signé tout naturellement avec nous en 2009 pour son deuxième album “Bird Head Son”. Il y a beaucoup de confiance et de respect entre nous, car il nous est toujours resté fidèle. Il vient de sortir “The Ark”, qui est son dixième album chez nous ! En ce qui concerne la scène du jazz hexagonal d’aujourd’hui, nous sommes fiers d’avoir Florian Pellissier avec son quintet et avec Cotonete,  Laurent Bardainne et son Tigre d’Eau Douce, Ludivine Issambourg, Léon Phal, Kham Meslien, Lea Maria Fries...Et puis des chanteurs et des groupes passionnants de la musique créole d’aujourd’hui comme David Walters, Bonbon Vodou, Célia Wa, Edmony Krater et bien sûr Roger Raspail.

 

Vous définiriez vous comme un label sensible aux musiques actuelles ?

Oui, complètement, d’ailleurs nos artistes jazz sont d’une génération à l’écoute des musiques actuelles et ils n’ont pas peur d’intégrer du hip-hop ou des musiques électroniques à leur univers. Nous avons toujours été intéressés par les musiques électroniques et on adore faire des remix. Quand on sortait un maxi, on publiait systématiquement un remix sur la face B. Et puis nous avons Guts sur notre label qui vient du hip-hop et qui a un côté beatmaker très marqué !

Parlez-nous aussi de votre catalogue de rééditions…

Nous avons réédité beaucoup d’albums que l’on ne trouvait plus en vinyles, à commencer par des grands classiques de l’écurie Blue Note : Herbie Hancock, Horace Silver, Donald Byrd, Brother Jack Duff, mais aussi des disques qui nous tenaient à cœur de la série “Ethiopiques”  de Francis Falceto, ainsi que des albums de Spiritual Jazz : John Betsch, Don Cherry. Encore une fois, l’idée était de pouvoir diffuser tous ces vinyles dans le monde entier !

 

Vous avez publié aussi beaucoup de compilations, sur quel critères ?

Nous avons par exemple sorti des compilations de morceaux de musiques actuelles que l’on ne trouvait que sur la toile d’internet etque l’on a intitulés “Diggin’ the Blogosphere”  et puis une compilation de spiritual jazz made in France “Freedom Jazz France” . Nous avons réalisé aussi un compilation de jazz antillais des années 1970 et 1980, intitulée “Kouté Jazz”, puis “Digital Zandoli” sur des musiques antillaises plus actuelles avec des beat électroniques. Enfin, Guts a créé une série de cinq volumes pour nous, intitulée “Beach Diggin”, en proposant la bande-son parfaite de vos journée à la plage, ainsi que quatre volumes d’une série qui compile ses DJ Set : “Stretch from the Decks”.

 

Vous avez aussi développé une activité de tourneur et d’éditeur, pouvez-vous nous en dire plus ?

Ce sont des activités qui me tiennent à cœur. L’édition, c’est important, afin de pouvoir maîtriser tout ce qui sort chez nous et puis il nous arrive aussi d’éditer des choses extérieures. Concernant le métier de tourneur, on l’a toujours fait de manière non-officielle afin d’aider nos artistes à trouver des dates. Il se trouve que maintenant nous avons officialiser la chose, je m’occupe notamment de Ludivine Issambourg et de Guts.

 

En 2027, vous fêterez les 20 ans du label, que va-t-il se passer ?

Effectivement en septembre 2027, nous allons fêter nos vingt ans comme il se doit. On commence à travailler dessus dès à présent, mais ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est que nous prévoyons une série de concerts avec nos artistes, aussi bien à Paris qu’en province. Nous allons sortir aussi une compilation des artistes du label ainsi qu’un beau livre avec textes et photos !

 

REPERES

 

1974 Naissance 14 février à Lyon

1991 Découvre le jazz via l’Acid Jazz de Galliano “In The Pursuit of the 13th Note”

2000 Travaille chez Virgin Records pendant cinq ans

2007 Rencontre avec Antoine Rajon et création du label “Heavenly Sweetness”.

2013 Départ d’Antoine Rajon, Franck Descollonges continue seul l’aventure de Heavenly Sweetness

2017 Quitte Paris pour s’installer dans le Vercors

2023 Début de ses activités de tourneur