LES DISQUES DE SA VIE : ROBERTO FONSECA

1 oct. 2019

ROBERTO FONSECA

LES DISQUES DE SA VIE

 

Le pianiste cubain Roberto Fonseca était de passage à Paris pour la sortie de son neuvième album “Yesun” qu’il définit comme son projet le plus personnel. Une belle occasion de le rencontrer afin qu’il nous évoque les disques qui comptent dans sa vie.

 

ARSENIO RODRIGUEZ

“Dundunbanza” (TumbaoCubanClassics, 1946-1951)

Arsenio Rodriguez est l’inventeur de la musique cubaine moderne, nous lui devons tout, du mambo au chachacha, en passant par ledanzon ou la rumba. Il était aveugle et doté d’une grande sensibilité musicale, c’était aussi un remarquable joueur de tres. Il me semble qu’il n’est pas très connu des français, c’est certainement parce qu’il est mort en 1970. J’ai une affection particulière pour ce musicien et je me ressource souvent dans sa musique, notamment lorsque j’ai commencé à enregistrer avec le Buena Vista Social Club. Son pianiste Lili Martinez est l’un de mes pianistes préférés, son très court chorus dans No Me Llores Masest pour moi une référence absolu en matière de solo de piano !


KEITH JARRETT

“The Köhln Concert” (ECM, 1975)

C’est pour moi un album de référence,Keith Jarrett ymontre son talent d’improvisateur et une certaine façon de se surpasser. C’est un concert qui avait très mal commencé, le piano choisi n’était pas arrivé, le concert avait pris beaucoup de retard. Tout le monde était nerveux et agacé, et puis d’un seul coup Keith Jarrett se lance en jouant sur un piano qui sonne mal ! Il a donné ce soir-là le meilleur de lui-même et il est arrivé à faire sonner merveilleusement bien ce mauvais piano ! Cet album est un cas d’école pour tous les pianistes qui veulent apprendre à improviser ! Jarrett a un sens mélodique inouï en faisant littéralement chanter son piano, ses improvisations sont très construites et cohérentes, tout y est logique ! J’ai découvert ce disque sur une cassette audio lorsque j’avais huit ans et que je débutais le piano, je ne connaissais rien au jazz, mais j’ai été tout de suite séduit par la façon dont il déploie la mélodieen l’associant à différents motifs rythmiques.

 

HERBIE HANCOCK

“Mr Hands” (Columbia, 1980)

J’ai découvert la musique d’Herbie Hancock par son versant électronique ! Lorsque j’étais enfant j’étais un adepte du breakdance et je dansais comme un fou sur Rock It ! Puis je me suis intéressé au funk en écoutant notamment les albums de Stevie Wonder et lorsque j’ai découvert “Mr Hands”, j’ai été séduit par cette façon unique de fusionner le funk et le jazz ! Avec les Headhunters, que l’on retrouve en partie sur cet album, Herbie a produit un cocktail détonnant où le feeling du jazz se greffe sur des lignes de basses irrésistiblement funky. Sur cet album la magie opère sur chaque titre et puis il y a ce morceau magnifique 4.AM où il invite Jaco Pastorius, et puis Calypso, où l’on trouve ses amis Ron Carter et Tony Williams qui jouent avec la percussionniste Sheila E ! Lorsque je ne suis pas en forme et que j’ai envie de groover, je me ressource en écoutant cet album.

 

MILES DAVIS

“Tutu” (Warner Bros, 1986)

Miles Davis c’est un modèle, c’est le musicien à qui l’on a envie de ressembler. Qu’il joue du be-bop, du cool jazz, du funk, du jazz-rock ou du hip-hop, on reconnait toujours sa sonorité, il a sa propre voix et il est unique ! C’est la marque des très grands. J’ai toujours apprécié le soin qu’il apportait à ses différents enregistrements, mais avec “Tutu” et sa collaboration avec Marcus Miller, il franchit un pas important. Il réussit à saisir la musique urbaine des années 80 et réalise un album remarquable à tout point de vue avec une tension palpable, doublé d’une prise de position politique contre l’apartheid à travers l’hommage à Desmond Tutu. Il y a dans cet album une formidable architecture sonore où chaque détail compte, rien n’est laissé au hasard ! C’est un disque indémodable qui a marqué son époque mais qui fonctionne encore très bien aujourd’hui ! Il me donne toujours autant de frissons !

 

JAMES BLAKE

“James Blake” (Atlas, 2011)

Nous les musiciens, et spécialement dans le jazz, nous devons nous plier à des règles, même si on aime bien quelques fois en sortir, et voilà qu’arrive ce chanteur et musicien anglais James Blake, tout à fait spécial et singulier, qui casse toutes les règles et n’obéit à aucune convention ! Ce type a une grande liberté artistique et fait exactement ce qu’il a envie de faire en empruntant un chemin inhabituel. Il s’agit de pop songs construites sur des musiques électroniques assez minimalistes, mais extrêmement bien construites, où chaque détail sonore compte. Sa musique génère des vibrations sonores porteuses d’une grande émotion et d’une profonde sensibilité, et ça c’est la plus belle des choses…..

 

CD : “Yesun” (Mack Avenue/Wagram)

 

CONCERTS :

-        24 mars 2020 : Salle Pleyel, Paris.

-        01 avril 2020 : Le Rocher de Palmer, Cenon.

-        02 avril 2020 : La Nouvelle Vague, St Malo.