LES DISQUES DE SA VIE : PIERRE TEREYGEOL
1 sept. 2026

A l’occasion de la sortie récente de l’album “Always Near” (CHOC Jazz Magazine de juin), nous avons rencontré le talentueux guitariste, chanteur et songwriter Pierre Tereygeol, afin qu’il nous livre ses goûts musicaux à travers une sélection de disques qu’il affectionne particulièrement.

CLAUDE DEBUSSY & MAURICE RAVEL
“Boulez Conducts Debussy & Ravel with The Cleveland Orchestra” (Deutsche Grammophon).
Quand j’ai entrepris des études de musicologie, je ne connaissais pas grand-chose en musique classique, j’étais surtout fan de Björk et de Radiohead. Il se trouve que j’adorais aussi Frank Zappa et qu’à travers son univers musical, je me suis dis qu’il fallait que je m’intéresse à la musique classique du XX ème siècle. Je me suis donc procuré une série d’enregistrements de Debussy et de Ravel par Pierre Boulez – sachant que Boulez avait collaboré avec Frank Zappa. Ces musiques m’ont tout de suite parlé comme si elles faisaient partie de mon ADN. J’ai entendu de très belles mélodies et un travail sur la forme qui m’a passionné avec de formidables couleurs harmoniques. J’ai trouvé qu’il y avait des points communs et des similitudes avec les chansons de Björk et de Radiohead au niveau de l’exigence formelle et de la narration de la musique. J’ai été séduit aussi par les dynamiques, les contrastes et le son de l’orchestre, ça m’a donné envie de composer….

CHARLES MINGUS
“Ah Um” (Columbia, 1959)
J’aime tout dans ce disque, à commencer par les compositions de Mingus qui sont toutes exceptionnelles, comme s’il avait réalisé son “Best of”. J’adore aussi cette pochette abstraite (signée S.Neil Fujita, NDLR) et les liner notes où Mingus explique sa façon de travailler. Il y a un formidable son de groupe très orienté vers le blues avec un côté prêcheur aussi, autour d’un orchestre démentiel et un passionnant travail sur le contrepoint. Mingus, c’est un fou génial qui a une vision orchestrale inspirée de Duke Ellington, Charlie Parker et Stravinsky ! J’adore aussi son album en piano solo (“Mingus Plays Piano”) ainsi que son autobiographie “Moins Qu’un Chien”, entre mythomanie et génie. Et puis juste après “Ah Um”, il s’est adjoint les services d’un de mes musiciens préférés : Eric Dolphy !

FRANK ZAPPA & THE MOTHERS
“Roxy & Elsewhere” (DiscReet, 1974)
C’est important de revenir sur ma passion pour la musique de Frank Zappa, avec en particulier cet album live de 1974. C’est à la fois sa période jazz-rock, mais aussi une époque où il a envie de jouer une musique noire-américaine funky, avec la présence du chanteur-saxophoniste Napoleon Murphy Brock et du claviériste George Duke. Curieusement, chez Zappa, ce n’est pas le guitariste que je préfère, ses solos ne m’intéressent pas particulièrement, mais ce que j’aime surtout, c’est le compositeur et le chef d’orchestre. J’adhère totalement à son univers musical et j’apprécie son humour avec son côté cartoon et se clins d’œil à Spike Jones. Zappa, c’est une personnalité truculente, d’une grande vivacité d’esprit et d’une intelligence folle. C’est un modèle pour moi, j’admire son indépendance artistique et économique et sa capacité à travailler non-stop, son œuvre est immense, même si je n’aime pas forcément tous ses disques.

NUSRAT FATEH ALI KHAN
“En Concert à Paris” (Ocora, 1985)
Je suis un grand fan de Jeff Buckley et c’est grâce à lui que je me suis intéressé à Nusrat Fateh Ali Kahn, immense chanteur pakistanais et spécialiste des chants soufis. Jeff Buckley avait une admiration profonde pour la musique de Nusrat Fateh Ali Kahn et l’on trouve une reprise de l’une de ses chansons sur son album “Live at Sin-é”, précédé d’un monologue intitulé : Nusrat, He’s My Elvis. Pour chanter ce chant de dévotion en pakistanais, Buckley avait appris le morceau en phonétique et l’avait mémorisé.Les albums le plus connus de Nusrat, sont ceux enregistrés sur le label Real World de Peter Gabriel avec le son hyper produit des albums de world music des années 1990. Par contrepied, j’ai choisi cet album Ocora enregistré au Théâtre de la Ville à Paris, avec un son purement acoustique, sans aucun travail de production. Le chant de Nusrat m’a ouvert la voie vers d’autres chanteurs du même type comme l’azerbaïdjanaisAlim Qasimov que j’aime beaucoup aussi.

RADIOHEAD
“Kid A” (Parlophone, 2000)
J’étais un grand fan de Radiohead, qui écoutait en boucle “OK Computer”et je me rappelle très bien avoir acheté “Kid A” le jour de sa sortie en l’an 2000. Thom Yorke est un chanteur fascinant, aussi singulier que virtuose, et il y a dans ce groupe une façon particulière d’écrire des chansons, avec dans cet album un net virage vers la musique expérimentale. L’alchimie entre le songwriting de Thom Yorke et le travail de compositeur de Jonny Greenwood – très influencé par Olivier Messiaen avec l’utilisation des ondes Martenot – est stupéfiant et atteint ici une sorte d’apothéose avec un travail d’arrangement improbable. Le morceau The National Anthem est l’exemple parfait d’un mix entre rock alternatif, free jazz et musique contemporaine. C’est une musique qui m’inspire profondément dans mon travail et qui me fait repousser la limite de choix inhabituels.
CD : “Always Near”
CONCERTS :
4 septembre, Le Galopin, Montreuil
10 septembre, Abyskiss, Les Emouvantes, Marseille
26 septembre, Festival Murmures, Paris
13 octobre, Paris Jazz Club
16 & 17 octobre, Nancy Jazz Pulsations
8 & 10 novembre, Abyskiss, Jazzdor, Stasbourg
12 novembre, Abyskiss, D’Jazz Nevers

