La Boite à Musiques : Dianne Reeves

1 déc. 2017

LA BOITE A MUSIQUES : DIANNE REEVES

"George Duke me protégeait !"

Aux platines : Lionel Eskenazi. Photo : Eric Garault

Après un remarquable concert à Jazz à La Villette, suivi d’une tournée européenne, nous avons profité d’un bref passage parisien de Dianne Reeves pour la promotion de son album “Light Up The Night” (enregistré à Jazz In Marciac en 2016) pour lui proposer un blindtest qu’elle a maitrisé de bout en bout.

PAT METHENY GROUP

So May It Secretly Begin

“Still Life” (Talking)” (Geffen, 1987)

C’est Pat Metheny ! Ça doit certainement dater de la même époque que Minuano que j’ai repris sur mon dernier disque (on lui confirme). La première fois que j’ai vu Pat Metneny, nous étions tous les deux des débutants car nous sommes de la même génération (il a deux de plus qu’elle, NDLR), c’était lors du Wichita Jazz Festival en 1973. A l’époque j’avais 17 ans et je chantais dans l’orchestre de Clark Terry et tout le monde dans ce festival ne parlait que de ce jeune guitariste qui jouait avec Gary Burton. Sa carrière a très vite explosé. Ce que j’aime dans sa musique c’est l’élégance, la liberté, la luminosité, et le soin apporté aux mélodies. Sa guitare sonne comme une voix et quand il joue des accords, on entend un véritable paysage sonore.

DEE DEE BRIDGEWATER

All Blues

“Live In Paris” (Emarcy, 1986)

J’aime beaucoup Dee Dee Bridgewater ! Je me rappelle très bien le jour où je l’ai rencontrée, c’était à L.A lorsqu’elle chantait dans l’orchestre de Thad Jones et Mel Lewis et nous avons très vite sympathisé et chanté ensemble. Elle a collaboré avec mon cousin George Duke et nous sommes toujours restés en contact. Il y a quelques mois nous avons fait quelques dates ensemble avec Esperanza Spalding pour rendre hommage à Abbey Lincoln. Ce fût un grand moment ! C’est intéressant que vous me fassiez écouter un disque enregistré au New Morning, car mon histoire d’amour avec le public français a commencé dans cette salle en 1997 avec l’enregistrement de mon album “New Morning”, qui au départ ne devait pas faire l’objet d’un disque mais juste d’une émission de radio (Le Jazz Club de France Musique, NDLR) ! Sur mon dernier album, j’ai eu envie de reprendre All Blues, car outre la superbe mélodie de Miles Davis, j’aime beaucoup les paroles écrites par Oscar Brown Jr qui sont très positives et pleine d’humanité et je pense que c’est un message important à diffuser aujourd’hui.

TERRI LYNE CARRINGTON

Hold Me Again

“More To Say… (Real Life Story : Nextgen)” (E1 Entertainment, 2009)

(Elle rit et elle me dit : “That’s my girl !”) Merci de me faire écouter cette chanson car vous ne pouviez pas savoir, mais j’étais auprès d’elle quand elle a commencé à l’écrire ! A l’origine, elle voulait me la proposer et je lui ai dit : C’est ta chanson, elle te correspond et tu devrais la chanter toi-même ! Elle a bien fait de m’écouter car vocalement, elle se débrouille très bien, mais elle a tout de même voulu la chanter en duo en invitant Les McCann ! La première fois que j’ai rencontré Terri, elle avait dix ans et elle commençait sérieusement à bien jouer de la batterie. Je chantais à l’époque avec Clark Terry et il l’a invitée à jouer sur scène avec nous. Ce fût un moment très fort et je l’ai tout de suite aimée et considérée comme ma petite sœur (nous avons neuf ans d’écart). Plus tard, je l’ai revue beaucoup plus fréquemment et on a commencé à travailler ensemble, et puis en 1997, elle a assuré la direction artistique de mon album “That Day” et récemment, elle a produit mes deux derniers disques.

GEORGE DUKE

Love

“Feel” (MPS, 1974)

(Elle est très émue à l’écoute de ce morceau où George Duke chante) Vous me faîtes très plaisir d’avoir l’opportunité de réécouter cette chanson, c’est un sacré flashback et ça m’émeut beaucoup de l’entendre chanter, il avait une très belle voix ! A l’époque de cet enregistrement, il jouait à la fois avec Frank Zappa et Cannonball Adderley. On ne peut pas faire plus opposé ! Et pourtant il assurait pleinement son rôle dans ces deux contextes. George, c’était beaucoup plus que mon cousin et mon producteur, c’était un être humain extraordinaire ! Son génie musical, ce n’était qu’une partie de sa vie. C’était un homme bon, sensible, et très généreux, c’était un amoureux de la vie et des gens. Il a composé et produit sa propre musique, mais il s’est aussi beaucoup investi dans la musique des autres. Il était comme un parapluie pour moi, il me protégeait et il m’a donné le courage de croire en moi.

ESPERANZA SPALDING

Ebony And Ivy

“Emily’s D + Evolution” (Concord, 2016)

Esperanza ! Cette fille me rend dingue ! Elle est tellement singulière, personne ne pourra jamais lui ressembler, elle est inimitable ! C’est un génie et elle représente l’avenir de la musique car elle est jeune et a encore beaucoup de choses à exprimer. Cette année, elle a fait une performance live sur Facebook où elle s’est mis en scène pendant 77 heures en direct. On a pu assister à un work in progress avec la création de sept chansons dans l’instant. Tout tournait autour du chiffre 7 en référence à la création du monde. J’ai suivi ça en direct le plus souvent possible et ce fût un moment inoubliable. Elle m’a écrit une très belle chanson Wild Rose sur mon album “Beautiful Life” et j’ai pris beaucoup de plaisir à être avec elle sur scène pour rendre hommage à Abbey Lincoln.

CD : “Light Up The Night (Live In Marciac)” (Concord/Universal)

CONCERTS : Tournée aux Etats-Unis du 30 novembre au 20 décembre.