Généalogie : Randy Weston
1 nov. 2006

GENEALOGIE
Randy Weston
Né la même année que Miles Davis et John Coltrane, le pianiste Randy Weston fête cette année ses 80 ans. En novembre 1960, il enregistre une œuvre importante et novatrice "Uhuru Africa" (1). Cet hymne à la liberté et à l'émancipation des africains liée à la décolonisation est aussi une prise de conscience des racines africaines (incluant la spiritualité) du peuple noir américain. Cette oeuvre en quatre mouvements, composée pour un big band de 26 musiciens comporte des textes du poète Langston Hughes, dont le célèbre African Lady (repris en 1961 par Abbey Lincoln). Randy Weston, au piano, rendra souvent hommage au pianiste Duke Ellington, mais à l'écoute d'Uhuru Africa, il intègre surtout son talent d'orchestrateur, en particulier les arrangements des danses de la Liberian Suite (2), crée pour le centenaire de l'indépendance du Liberia. Randy Weston a entretenu une relation particulière et profonde avec Thelonious Monk. Il lui demanda des conseils pianistiques et Monk lui suggéra surtout d'explorer son monde intérieur et de trouver sa propre voie. Lorsqu'il songe à monter un grand orchestre, il s'imprègne de l'enregistrement du tentet de Monk au Town Hall (3), en 1959. Ce ne peut être une coïncidence, lorsque 6 mois après Uhuru Africa, John Coltrane décide lui aussi de rendre hommage à l'Afrique et d'utiliser une imposante section de cuivres (dirigée par Eric Dolphy). Avec Africa/Brass (4), la spiritualité gagne du terrain et Coltrane utilise l'idée de Randy Weston d'associer deux contrebasses et fait appel à certains musiciens d'Uhuru Africa (comme Freddie Hubbard et Julius Watkins). Randy Weston inspira d'ailleurs de nombreux saxophonistes comme Pharoah Sanders, Yussef Lateef ou Chico Freeman, mais intéressons-nous à David Murray (avec qui il enregistre en duo en 1987) et plus particulièrement au World Saxophone Quartet. L'utilisation de trois percussionnistes et chanteurs africains pour Four Now (5) en 1995, nous prouvent que l'africanisme n'est pas seulement une préoccupation des années 60.
Lionel Eskenazi
(1) Randy Weston, Uhuru A frica, 1960, Roulette/Mosaic
(2) Duke Elligton and his orchestra, Liberian Suite, 1947, Columbia/Sony
(3) The Thelonious Monk Orchestra, At Town Hall, 1959, Prestige/Universal
(4) John Coltrane, Africa/Brass, 1961, Impulse/Universal
(5) World Saxophone Quartet with African Drums, Four Now, 1995, Justin Time

