Généalogie : McCoy Tyner

1 juil. 2007

GENEALOGIE

McCOY TYNER

 

Les 40 ans de la mort de John Coltrane constituent un excellent prétexte pour établir une généalogie de son fabuleux pianiste entre 1960 et 1965 : Alfred McCoy Tyner(1). D’autant plus qu’il sera à l’affiche en trio dans plusieurs festivals européen cet été (une seule date en France, le 21 juillet à Sancerre). Tout d’abord choisi par Coltrane pour ses qualités rythmiques et son jeu riche en accords, McCoy Tyner va s’imposer par la couleur modale qu’il insuffle aux compositions du maître.

En 1972, il forme un quartette post-Coltranien avec le saxophoniste Sonny Fortune et réalise un de ses disques les plus inspirés. Celui que l’on a parfois trop rapidement étiqueté pianiste de l’apaisement et de la sérénité, pouvait approcher dans l’intensité dramatique de son jeu de piano, l’équivalent des furies tourmentées de Coltrane.

McCoy Tyner a subi les influences des pionniers Earl Hines, Duke Ellington et Art Tatum, mais ce sont ses voisins, les frères Powell, qui vont lui permettre de perfectionner son jeu et de l’initier au be-bop. En particulier Bud Powell (2) qui, en panne de piano, impressionnera beaucoup le jeune McCoy en venant jouer chez lui. Il a aussi été beaucoup influencé par l’apport modal du jeu de Bill Evans (3) chez Miles Davis. Leurs styles sont très différents (en particulier par l’utilisation de la main gauche et la façon de plaquer les accords), mais la portée poétique et architecturale du trio de Bill Evans avec Scott LaFaro et Paul Motian marquera beaucoup McCoy Tyner et il saura s’en souvenir à travers ses propres trios. En Europe, où il tournera souvent, son influence va être considérable, en particulier chez le pianiste italien Enrico Pieranunzi (4), comme en témoigne un enregistrement en duo avec Paul Motian, sur lequel le Coltranien Chris Potter vient se greffer sur quelques titres. En France, on ressent son héritage chez de nombreux pianistes comme Michel Graillier, Sophia Domancich, et Baptiste Trotignon (5), notamment lorsqu’il joue en trio.

Lionel Eskenazi

 

(1)   MCCoy Tyner, Sahara, 1972, Milestones/Warner

(2)   Bud Powell, The Complete Blue Note and Roost Recordings, 1947-1963, Blue Note/EMI

(3)   Bill Evans Trio, Explorations, 1961, Riverside/Warner

(4)   Enrico Pieranunzi/Paul Motian, Doorways, 2004, CamJazz/Harmonia Mundi

(5)   Baptiste Trotignon, Sightseeing, 2001, Naïve/Naïve