Et si Miles Davis...Concert de Weather Report à Paris en 1984
1 mai 2026

CONCERT DE WEATHER REPORT
Le Zenith, Paris, 28 juin 1984.
Lors d’un concert mémorable à Paris du plus grand groupe de jazz-fusion, un invité surprise de renom - à la trompette rouge - se joint à la formation pour quelque morceaux. Une performance sidérante qui restera à jamais gravée dans la mémoire d’un public médusé et ravi.
C’est l’été à Paris, la température est chaude et l’ambiance bon enfant, où 6000 fans qui approuvent ce bulletin météo favorable, se dirigent vers le Zenith, à une heure, où il fait encore jour, bien que le soleil ne soit plus à son zénith.
Dans la salle, non climatisée, on a l’impression d’être au cœur d’une fournaise, mais la musique qui nous attend saura faire varier les contrastes météorologiques, avec le grand maître des claviers électroniques Joe Zawinul, capable de construire de folles architectures de glaciers et de les détruire en quelques minutes, par des irruptions volcaniques colorées et funky. Il faut dire que la section rythmique est explosive avec le bassiste Victor Bailey, le batteur Omar Hakim et le flamboyant percussionniste français Mino Cinelu. Quant au saxophoniste Wayne Shorter, la tête perchée dans les étoiles, mais les pieds bien ancrés dans les racines terrestres, il développe avec une grande expressivité, le son boisé et touffu d’une forêt d’arbres d’Amazonie portée par un vent mélodieux.
Le groupe ne sait pas encore qu’il est en train de vivre ses derniers instants (les musiciens se sépareront un an et demi plus tard) et le public encore moins, tant l’osmose musicale est parfaite et le déroulement du show, stupéfiant de maîtrise et d’inventivité. Il s’agit de l’unique concert parisien d’une longue tournée mondiale (57 dates de mai à octobre1984 qui passera aussi par Juan-les-Pins le 18 juillet), afin de promouvoir l’album “Domino Theory”, publié en avril de cette même année. Et c’est justement par un morceau particulièrement explosif de cet album : D-Flat Waltz (de Joe Zawinul) que le concert démarre. Le groupe jouera aussi deux autres titres de “Domino Theory”, composés également par Zawinul, le planant The Peasant aux accents folkloriques et l’envoûtant Blue Sound-Note 3, où Shorter s’exprime avec ferveur au saxophone ténor. Les morceaux de “Procession” (1983) sont aussi à l’honneur avec Where The Moon Goes de Zawinul et le sublime Plaza Real de Shorter. Le groupe nous régale aussi de deux moments savoureux joués en duo : le premier entre Zawinul aux Synthés et Shorter aux sax soprano et le second entre le batteur Omar Hakim et Mino Cinelu. Le percussionniste, qui à ce moment précis fait le malin, car il a un secret bien gardé et veut faire une surprise à ses camarade de jeu, dès qu’ils vont revenir sur scène après son formidable duo percussif. En effet, la veille du concert, Mino a été en contact avec Miles Davis, de passage à Paris pour quelques jours. Il confie à Miles, que ce serait un honneur et un bel effet de surprise pour Zawinul et Shorter, s’il voulait bien les rejoindre sur scène jouer quelques titres à ce moment précis du concert. Il se trouve que Miles, de très bonne humeur, accepte en rigolant, tout en confiant à Mino Cinelu qu’il attend avec impatience de voir la tête que feraient Zawinul et Shorter ! Après son duo avec Omar Hakim, au moment où Zawinul, Shorter et Victor Bailey rejoignent la scène, Mino Cinelu prend le micro et annonce la présence d’un invité surprise. Miles, vêtu d’un blouson de cuir rouge et d’une casquette noire, monte sur scène en brandissant sa superbe trompette rouge et indique le tempo à suivre à Omar Hakim, tout en commençant à jouer les premières notes de Directions, enchaîné avec In a Silent Way. Shorter et Zawinul sont estomaqués, mais jouent le jeu avec brio en donnant le meilleur d’eux mêmes. Miles, fidèle à ses habitudes, tourne le dos au public, afin d’être en face de ses amis et à la fin d’ In a Silent Way, il lève le bras en tenant sa trompette vers le ciel, salue brièvement les membres du groupe, mais quasiment pas le public parisien, et part rapidement en coulisses. Le groupe, un peu perturbé par cet évènement, se doit d’enchaîner la set list et entame dans la foulée son fameux medley final avec Black Market, Elegant People, Badia, A Remark You Made et Birdland. Après avoir quittés la scène, acclamés par une foule en délire, les musiciens vont retrouver Miles dans les loges pour une after mémorable que l’on prend plaisir à imaginer.
Lionel Eskenazi.

