Dossier : Trompettistes

1 mars 2024

Dizzy Gillespie

1917-1993

“Dizzy” désigne un type dingue et extravaguant à l’image de ce trompettiste génial au son énorme et à la vélocité hors du commun. Il faut effectivement être dingue pour avoir inventé une musique aussi difficile à jouer que le be-bop et avoir composé des morceaux aussi beaux que farfelus (Salt Peanuts, Night In Tunisia). Il faut être à moitié fou, mais complètement génial, pour avoir rapproché le jazz des musiques afro-cubaines autour d’un grand orchestre rutilant qui swingue à merveille. Il faut venir d’une autre planète pour arriver à gonfler ses joues jusqu’à l’indécence et obtenir un son aussi puissant, rond et parfait dans une trompette dont il est le premier à avoir coudé le pavillon. Dizzy est un personnage hors norme, unique au monde, et tout au long de sa longue carrière, il nous a émerveillé, amusé, et nous a fait oublier les misères du monde, à l’image d’un clown fabuleux ou d’un acrobate virtuose sous le chapiteau du grand cirque du jazz. LE

3 disques essentiels

Dizzy Gillespie & Charlie Parker : Town Hall, New-York City, June 22, 1945 (Uptown Records, 1945)

Dizzy Gillespie : Paris, Salle Pleyel, 28 février 1948 (Vogue, 1948)

Dizzy Gillespie : At Newport (Verve, 1957)

3 solos cultes

Hot House

Dizzy Gillespie : “Dizzy Gillespie & His All Stars” (Musicraft, 1945)

Woody’N’ You

Dizzy Gillespie : “1946-1949” (RCA Jazz Tribune, 1947)

Dizzy’s Blues

Dizzy Gillespie: “At Newport” (Verve, 1957)

Nat Adderley

1931-2000

Il est le petit frère du saxophoniste Cannonball Adderley et pendant vingt ans (de 1956 à 1975), il joue presque tout le temps à ses côtés et le plus souvent dans la formule du quintette. Nat est très influencé par Fats Navarro et Dizzy Gillespie, mais pour se différencier,  il se spécialise dans le cornet. Il s’avère être un pilier du hard-bop et du soul-jazz avec son jeu à l’attaque puissante, mais il dégage aussi de son cornet, la chaleur du blues et une tendresse à fleur de peau dans les ballades. Brillant compositeur, on lui doit des morceaux phares du répertoire de Cannonball comme Work Song ou The Jive Samba. A la mort de son frère en 1975, il apprend à devenir leader et continue à maintenir la flamme jazz-blues-soul en s’associant avec des musiciens de premier plan comme Ken McIntyre, John Stubblefield ou Sonny Fortune. LE

3 disques essentiels

The Cannonball Adderley Quintet : In San Francisco (Riverside, 1960)

Nat Adderley : Work Song (Riverside, 1960)

The Cannonball Adderley Sextet : Jazz Workshop Revisited (Riverside, 1963)

3 solos cultes

Branching Out

Nat Adderley “Branching Out” (Riverside, 1958)

Work Song

Nat Adderley “Work Song” (Riverside, 1960)

The Jive Samba

The Cannonball Adderley Sextet : “Jazz Workshop Revisited” (Riverside, 1963)

Nils Petter Molvaer

1960

Très influencé par Miles Davis et Jon Hassell, il affectionne un son de trompette spatial et étiré qui laisse de la place au silence. Il est l’inventeur avec le pianiste Bugge Wesseltoft de l’électro-jazz norvégien et son “Khmer” est une référence incontestable. Fan aussi de Pink Floyd, de pop psychédélique et d’électronique, il aime les batteries obsédantes, les tapis de guitare atmosphérique et les transes envoûtantes. Sa trompette au souffle enveloppant affectionne les mélodies épurées teintées de lyrisme et d’onirisme, où il arrive à rendre visible l’invisible, c'est-à-dire à visualiser le son ! Toujours très actif, curieux et ouvert d’esprit, il multiplie les rencontres et les projets (Sly & Robbie, Mino Cinelu ou Gauthier Toux), il représente avec panache le jazz du 21 ème siècle, sachant mixer avec brio technologie et poésie. LE

3 disques essentiels

Nils Petter Molvaer : Khmer (Ecm, 1997)

Nils Petter Molvaer : Baboon Moon (Sula Records, 2011)

Nils Petter Molvaer & Mino Cinelu : SulaMadiana (Modern Recordings, 2020)

3 solos cultes

Platonic Years

Nils Petter Molvaer “Khmer” (Ecm, 1997)

Vilderness 1

Nils Petter Molvaer “Solid Ether” (Ecm, 2000)

Recoil

Nils Petter Molvaer “Baboon Moon” (Sula Records, 2011)

Terence Blanchard

1962

Natif de La Nouvelle-Orléans comme Louis Armstrong, ce jeune prodige de la trompette rentre à 18 ans dans l’orchestre de Lionel Hampton, puis reste cinq ans chez les Jazz Messengers d’Art Blakey où il assure la direction musicale. A partir de 1986, le brillant messager vole de ses propres ailes et devient leader. Il se lie d’amitié avec le cinéaste Spike Lee pour qui il compose la plupart des musiques de ses films ainsi qu’une quarantaine d’autres bandes originales. Miles Davis le nommait « le plus brillant des nouveaux trompettistes » et appréciait son jeu détendu au phrasé sûr, d’une grande maîtrise technique. Musicien engagé, il lutte contre les assassinats de noirs par les policiers. Il compose un requiem suite aux conséquences du cyclone Katrina et écrit un opéra “Champion” sur le boxeur noir Emile Griffith en 2013. Au sein du groupe “E-Collective”, il fusionne avec bonheur jazz, funk et groove et nous l’avons récemment apprécié au sein des dernières tournées d’Herbie Hancock. LE

3 disques essentiels

Terence Blanchard : The Malcolm X Jazz Suite (Columbia, 1993)

Terence Blanchard : Bounce (Blue Note, 2003)

Terence Blanchard & The E Collective : Live (Blue Note, 2018)

3 solos cultes

Blues For Malcolm

Terence Blanchard “The Malcolm X Jazz Suite” (Columbia, 1993)

Fred Brown

Terence Blanchard “Bounce” (Blue Note, 2003)

Kaos

Terence Blanchard & The E Collective “Live” (Blue Note, 2018)

Médéric Collignon

1970

On parle de lui comme d’un électron libre à l’énergie démultipliée, d’un trompettiste délirant doublé d’un chanteur au scat explosif, d’un trublion imprévisible ou d’un enfant terrible survolté. Médéric Collignon est une véritable pile électrique, mais derrière la vigueur délirante qu’il déploie, se cache une hyper sensibilité et un talent exceptionnel d’instrumentiste, de chanteur et d’arrangeur. Il opte plus souvent pour le cornet de poche que la trompette et maitrise parfaitement bien les effets électroniques sur son instrument. Il est capable de tout jouer, ayant ingurgité avec gourmandise l’œuvre des plus grands, d’Armstrong à Don Cherry en passant par Miles Davis, à qui il a rendu hommage à deux reprises. Avec son groupe “Jus de Bocse” (en référence au juke box), il aime recycler et réarranger toutes les musiques qu’il aime en les faisant siennes, sur des répertoires aussi variés que ceux de King Crimson, Lalo Schifrin, ou des groupes américains de hip-hop. LE

3 disques essentiels

Médéric Collignon & Jus de Bocse : Shangri Tunkashi-La (Plus Loin Music, 2009)

Médéric Collignon & Jus de Bocse : A La Recherche du Roi Frippé (Just Looking Productions, 2012)

Médéric Collignon & Jus de Bocse : Moovies (Just Looking Productions, 2016)

3 solos cultes

Une de Perdue, Une de Perdue

Fred Pallem & Friendz “Le Sacre du Tympan” (Le Chant du Monde, 2002)

Mademoiselle Mabry

 

Médéric Collignon & Jus de Bocse “Shangri Tunkashi-La” (Plus Loin Music, 2009)

Red

Médéric Collignon & Jus de Bocse  “A La Recherche du Roi Frippé” (Just Looking Productions, 2012)

Fabrice Martinez

1971

Voici un trompettiste que l’on suit depuis ses débuts et que l’on a vu évoluer et progresser. Il produit aujourd’hui une des plus belles et des plus riches sonorités de trompette du jazz français. Dans tous les orchestres où Fabrice Martinez a joué, il est omniprésent, du Sacre du Tympan au Supersonic, en passant par l’ONJ, le Collectif  La Boutique, le Transatlantic Roots ou le “Ici” de Marc Ducret. Il dégage de lui une grande musicalité, une chaleur humaine et un capital sympathie indéniable. Parmi ses projets personnels, il a fait beaucoup de bruit avec son quartette Chut !, où de “Rebirth” à “Reverse”, il s’interrogeait sur le processus créatif d’une composition et sur la multiplicité des possibles, en malaxant à l’infini ses morceaux à l’image d’un sculpteur travaillant la matière sonore. Actuellement, il propose un très beau répertoire sur des compositions de Stevie Wonder avec un groove explosif, dominé par des rythmiques africaines et un guitar- héro fan de Jeff Beck. LE

3 disques essentiels

Fabrice Martinez Chut ! : Rebirth (ONJ Records, 2016)

Bruno Angelini : Transatlantic Roots (Vision Fugitive, 2021)

Fabrice Martinez : Stev’in My Mind (Collectif La Boutique, 2023)

3 solos cultes

Smity

Fabrice Martinez Chut ! “Rebirth” (ONJ Records, 2016)

David, Spike, Jim & The Others

Bruno Angelini “Transatlantic Roots” (Vision Fugitive, 2021)

Visions

Fabrice Martinez “Stev’in My Mind” (Collectif La Boutique, 2023)

Airelle Besson

1978

On l’a découverte dans l’excellent et singulier groupe “Rockingchair” qu’elle co-dirigeait aux côtés de Sylvain Rifflet. Puis comme un papillon qui quitte sa chrysalide, elle a volé de ses propres ailes et réussit un parcours sans embuche et parsemé de récompenses (Djangodor, Prix Django Reinhardt et Victoires du Jazz). Brillante compositrice et cheffe d’orchestre, sa grande sensibilité insuffle à son jeu de trompette une belle musicalité, et une douceur feutrée très émouvante. Son duo avec le guitariste Nelson Veras a fait grand bruit, tout comme son quartette “Radio One” avec Isabel Sörling, Benjamin Moussay et Fabrice Moreau qu’elle a brillamment prolongé avec le saisissant “Try !”. Elle aime aussi prendre des chemins de traverses fort élégants, comme le projet “Aïres” ou elle revisite (entre autres) Ravel et Fauré, ou le flamboyant Quarteto Gardel avec Lionel Suarez. LE

3 disques essentiels

Rockingchair : Rockingchair (Chief Inspector, 2007)

Airelle Besson & Nelson Veras : Prélude (Naïve, 2014)

Airelle Besson : Try ! (Papillon Jaune, 2021)

3 solos cultes

Ma-ion

Rockingchair “Rockingchair” (Chief Inspector, 2007)

Neige

Airelle Besson & Nelson Veras “Prélude” (Naïve, 2014)

The Sound Of Your Voice, Part 2

Airelle Besson “Try ! ” (Papillon Jaune, 2021)