Dossier "Jazz & prog rock"

1 mars 2023

Camel

Lady Fantasy

Mirage

Deram 1974

Deuxième album de Camel, “Mirage” fût d’abord remarqué par sa pochette qui reproduisait le paquet de cigarette de la célèbre marque de tabac. La musique, inspirée et parfaitement maitrisée, proche des groupes de Canterbury (on pense parfois à Caravan), est portée par une séduisante sophistication mélodique et le très bon niveau instrumental de ses quatre membres. Ce Lady Fantasy, sous la forme d’une suite en trois parties, restera à jamais le morceau-phare du groupe avec ses développements riches en rebondissements et en contrastes et ses belles envolées instrumentales. LE

Emerson, Lake & Palmer

Take A Peeble

Emerson, Lake & Palmer

Island 1970

Dès ce premier album fort réussi, on se rend bien compte qu’Emerson, Lake & Palmer ne sont pas des débutants, car ils venaient respectivement des groupes The Nice, King Crimson et Atomic Rooster. Un “supergroupe” très influencé par la musique classique (en particulier par les compositeurs russes ou des pays de l’est) et par le jazz. Sur les douze minutes de Take A Peeble, nous sommes séduits par le climat acoustique (guitare et piano), la beauté de la mélodie et surtout par la longue improvisation instrumentale au milieu du morceau, plutôt singulière à cette époque. LE

Genesis

Supper’s Ready

Foxtrot

Charisma 1973

Inspiré par la deuxième face du “Abbey Road” des Beatles, Genesis compose Supper’s Ready en sept chansons enchaînées qui constituent la face B de leur “Foxtrot”. Un impressionnant souper conçu spécialement pour leurs prestations scéniques, où Peter Gabriel, à l’aide de costumes et de maquillages, interprète tous les personnages (et même une fleur !) évoqués dans cette magistrale suite Un univers magique et onirique, où textes et musiques sont en parfaite adéquation pendant ces vingt-trois minutes intenses d’architecture musicale, du minimaliste acoustique au maximaliste électrique. LE

Gong

You Can’t Kill Me

Camembert Electrique

Byg Records 1971

Ce groupe phare de la scène progressive franco-anglaise, emmené par l’ex Soft Machine Daevid Allen, trouve son équilibre avec “Camembert Electrique”. Un disque qui arrive à mixer un psychédélisme planant avec une énergie rock, autour d’une folie douce et d’une poésie farfelue. Des musiciens venus du jazz comme Didier Malherbe ou spécialiste du jazz-prog de Canterbury comme le batteur Pip Pyle, font de You Can’t Kill Me un morceau emblématique, emmené par une transe répétitive, la guitare cosmique d’Allen et le traitement  “spaciale” de la voix de Gilly Smith. LE

Henry Cow

Teenbeat

Legend

Virgin 1973

Premier album “légendaire” de cet étonnant groupe free-rock aux pochettes identifiées par des chaussettes. Une formation qui pratiquait l’improvisation et avait pour singularité d’avoir à ses débuts deux soufflants (clarinette et saxophone ou flûte). Cette pulsation adolescente (Teenbeat) introduite par les deux bois dans une démarche avant-gardiste, se prolonge par une ambiance jazz-prog où la guitare de Fred Frith dialogue avec les claviers sur un rythme étrange et saccadé, porté par un saxophone atone. Une musique alambiquée et originale en marge des courants de son époque. LE

Kevin Ayers

Song For Insane Times

Joy Of A Toy

Harvest 1969

Exténué par une longue tournée américaine en première partie du Jimi Hendrix Experience, Kevin Ayers quitte Soft Machine en septembre 1968. Il part se ressourcer à Ibiza, et compose des chansons psychédéliques, poétiques et surréalistes qui lui ressemblent. Il s’associe au multi-instrumentiste et arrangeur David Bedford, signe un contrat sur le label Harvest et enregistre son premier (et meilleur) album “Joy Of A Toy”. Sur le superbe Song For Insane Times, il invite ses amis Mike Ratledge, Hugh Hopper et Robert Wyatt dans l’esprit du premier album de Soft Machine. LE

King Crimson

The Devil’s Triangle

In The Wake Of Poseidon

Island 1970

Si la face A du deuxième album de King Crimson semble être un remake d’“In The Court Of The Crimson King”, sa face B emmène le groupe dans une nouvelle direction, particulièrement avec The Devil’s Triangle. Cette suite instrumentale en trois parties, expérimentale, sombre et délirante, annonce déjà les explosions soniques à venir (Lark Tongues In Aspic I &II, Fracture). Avec ce titre, Robert Fripp déploie avec force sa propre vision musicale, superposant d’angoissants accords joués au mellotron avec le piano déjanté de Keith Tippett sur un rythme trépident de boléro. Stupéfiant ! LE

 Matching Mole

Gloria Gloom

Matching Mole's Little Red Record

CBS 1972

C’est peu de temps après avoir quitté Machine Molle” (Soft Machine) que Robert Wyatt, friand de jeux de mots, fonde Matching Mole. Un groupe clairement ancré dans le courant jazz-prog de l’école de Canterbury. Ce deuxième album (plus abouti que le premier) met en avant les convictions maoïstes de Wyatt autour d’une musique sophistiquée et inventive, dont la production est assurée par Robert Fripp. La chanson Gloria Gloom, qui aurait pu être signée par le Soft Machine des débuts, commence et se conclue sur une ambiance planante jouée par des synthétiseurs pilotés par Brian Eno ! LE

 Peter Hammill

Two or Three Spectres

Nadir’s Big Chance

Charisma 1975

Ce morceau tiré du cinquième album solo de Peter Hammill ressemble à Van Der Graaf Generator. Tous les musiciens du groupe y sont présents, dont le furieux saxophoniste David Jackson, et c’est suite à cet enregistrement que le groupe décide de se reformer et de réaliser dans la foulée “Godbluff”. Avec “Nadir’s Big Chance”, Hammill propose un disque pré-punk et apocalyptique, plein de sauvagerie et de hargne et admiré par les Sex Pistols ! Les six minutes de Two or Three Spectres résument très bien le virage résolument rock qui va désormais habiller les textes déments de Peter Hammill. LE

 Pink Floyd

Atom Heart Mother Suite

Atom Heart Mother

Harvest 1970

Cinquième album de Pink Floyd avec sa célèbre pochette bovine et premier disque qui s’inscrit clairement dans le mouvement du rock progressif  anglais, avec en particulier cette fameuse Atom Heart Mother Suite. Un long morceau ambitieux de plus de vingt-trois minutes divisé en six parties, où le groupe est augmenté d’un orchestre symphonique, d’un chœur et d’une fanfare d’harmonie. Cette suite est co-signée avec le compositeur et arrangeur Ron Geesin, qui est responsable de cette interaction pertinente et singulière entre un groupe de pop music et le monde symphonique. LE

 Robert Wyatt

Sea Song

Rock Bottom

Virgin 1974

Enregistré peu de temps après une chute accidentelle qui rend Robert Wyatt paraplégique, “Rock Bottom” est une œuvre majeure produite par Nick Mason de Pink Floyd (et cité régulièrement parmi les 100 meilleurs albums de tous les temps). Ce disque hypersensible est un véritable cri de souffrance et un hymne d’amour à la vie. La chanson Sea Song résume parfaitement bien l’émotion ressentie par la voix si singulière de Wyatt et par la puissance mélodique de sa musique. Sur ce morceau, il assume son rôle de leader et sa solitude en  jouant tous les instruments à l’exception de la basse. LE

Van Der Graaf Generator

Lost

H To He Who Am The Only One

Charisma 1970

C’est avec ce troisième album que le groupe de Peter Hammill rencontre un grand succès dans plusieurs pays d’Europe (dont l’Italie, fan numéro un !). Van Der Graaf Generator est à ce moment là en pleine maturité musicale avec son organiste délirant, son saxophoniste déchaîné, son furieux batteur et son chanteur écorché-vif. On y trouve de longs développements musicaux denses et contrastés au service des textes délirants de Peter Hammill. Comme ce magnifique Lost, une sublime chanson d’amour désespérée : le Ne Me Quitte Pas du rock progressif ! LE

Van Der Graaf Generator

The Sleepwalkers

Godbluff

Charisma 1975

Après trois ans d’interruption,  pendant lesquels son leader Peter Hammill enregistre en solo, Van Der Graaf Generator se reforme et propose ce flamboyant “Godbluff”. Au niveau de la direction musicale et des thèmes développés, il s’agit d’une suite logique de l’album solo d’Hammill : “Nadir’s Big Chance”. On y trouve la même fureur, une énergie pré-punk et une vision apocalyptique de notre monde. Le titre The Sleepwalkers évoque des morts-vivants menaçants sur une musique résolument rock, sombre et tourmentée. LE

 Yes

Perpetual Change

The Yes Album

Atlantic 1971

Troisième album de Yes et net virage musical, où le groupe entre de plein pied dans le rock progressif. Nouveau visage aussi avec l’arrivée du guitariste virtuose Steve Howe, toujours inspiré et incisif, capable de déployer aussi bien des riffs de hard-rock que de subtils chorus jazzy. Perpetual Change évoque les changements de climats brutaux dans la région de Devon où le groupe a répété dans une ferme avant l’enregistrement de l’album. Un morceau envoûtant d’un groupe en pleine phase ascensionnelle qui à la suite de ce disque enchaînera quatre albums importants. LE