Dossier Wayne Shorter
1 juil. 2023
Dead End
Wayne Shorter
Wayning Moments
Vee Jay Records
1961
Après avoir longtemps été proche du trompettiste Lee Morgan, Wayne Shorter se lie d’amitié avec Freddie Hubbard et commence à enregistrer avec lui en 1961 au sein des Jazz Messengers ainsi que sur le fameux “Ready For Freddie”. Pour son troisième et dernier enregistrement sur Vee Jay Records, Wayne forme un quintette hard-bop avec Hubbard et compose ce Dead End entraînant au tempo rapide, où après le thème joué à l’unisson, Shorter lance son ténor dans un solo fougueux, immédiatement suivi par un chorus très expressif de l’ami Freddie. L’entente musicale entre les deux hommes ne s’arrêtera bien sûr pas là….LE
One By One
Art Blakey & The Jazz Messengers
Igetsu
Riverside
1963
A partir de 1961, Wayne Shorter devient directeur musical des Jazz Messengers d’Art Blakey et transforme le quintette en sextette avec l’arrivée du tromboniste Curtis Fuller. C’est cette même formation - qui comprend également Freddie Hubbard, Cedar Walton et Reggie Workman - que l’on retrouve deux ans plus tard sur la scène du Birdland pour un enregistrement live. La composition de Shorter One By One qui ouvre l’album est introduite par le fameux M.C : Pee Wee Marquette. Il s’agit d’un morceau facilement identifiable par sa mélodie lumineuse et brillante, son rythme funky et son ambiance gospel où chaque soliste s’y exprime pleinement. LE
Juju
Wayne Shorter
Juju
Blue Note
1964
Enregistré en août 1964, Ce Juju qui ouvre l’album du même nom - avec la présence du pianiste McCoy Tyner et du batteur Elvin Jones - nous projette dans une ambiance très Coltranienne. Une composition fortement habitée et à haute teneur spirituelle, où Wayne Shorter hurle dans son saxophone ténor avec vigueur et imagination, flirtant avec l’univers de son idole tout en affirmant sa propre personnalité. Son jeu de saxophone avec ses phrases hypnotiques et répétitives rend un bel hommage au maître autour d’une forte expressivité qui nous met en transe et nous fait voyager dans une Afrique onirique. LE
Infant Eyes
Wayne Shorter
Speak No Evil
Blue Note
1964
Enregistré quatre mois après “Juju”, l’album “Speak No Evil” présente Wayne Shorter au sein d’un quintette de luxe : Freddie Hubbard, Herbie Hancock, Ron Carter et Elvin Jones. Le morceau Infant Eyes se distingue du reste de l’album car il est joué en quartette (sans trompettiste). Cette ballade sentimentale à fleur de peau - que Wayne dédia à sa fille Miyako - nous procure des frissons garantis à chaque écoute. Shorter en est le principal soliste (Hancock n’y joue qu’un bref chorus) tout au long des sept minutes du morceau en hissant son jeu de saxophone ténor particulièrement tendre, sensible et sensuel, au niveau des plus grands. LE
Valse Triste
Wayne Shorter
The Soothsayer
Blue Note
1965
Ce n’est qu’en 1979, soit quatorze ans après son enregistrement, que l’on découvrit cet excellent album Blue Note de Wayne Shorter. Un disque qui se termine par une étonnante relecture de la Valse Triste que le compositeur finlandais Jean Sibelius composa en 1903. Dans son subtil arrangement, Shorter réduit l’orchestre symphonique à un sextette (avec notamment James Spaulding au sax alto et Freddie Hubbard à la trompette) en respectant le rythme ternaire de la valse et du jazz. Le thème de Sibelius fonctionne parfaitement bien dans le jeu du sextette, où chaque musicien (à l’exception de Tony Williams) s’exprime chaleureusement dans un chorus. LE
The All Seeing Eye
Wayne Shorter
The All Seeing Eye
Blue Note
1965
Avec ce morceau énergique et débridé de plus de dix minutes, Wayne Shorter explore la formule du septette, toujours en compagnie de James Spaulding et de Freddie Hubbard, mais en y ajoutant le trombone de Graham Moncur III. Inspiré par “A Love Supreme” de son ami Coltrane, Shorter décide à son tour de rendre hommage au créateur de l’univers, qui à en croire Shorter : « voit tout et comprend tout à travers son regard vif et pointu… ». Si l’on n’est pas obligé d’adhérer à cette vision mystique, on ne peut qu’être séduit par le travail à la fois sophistiqué et libertaire de cette composition explosive et de sa dimension orchestrale pertinente. LE
Footprints
Miles Davis Quintet
Miles Smiles
Columbia
1966
Ce morceau emblématique est devenu un standard du jazz moderne, énormément repris par quantité de jazzmen. En cette année 1966, Wayne Shorter l’avait d’abord enregistré huit mois auparavant en quartette sur “Adam’s Apple”. Puis Miles Davis aimait tellement ces « traces de pas » qu’il a demandé à Wayne qu’ils le reprennent ensemble au sein de leur fabuleux quintette. Ce Footprints est plus long que l’original, bien que joué sur un tempo plus rapide, et l’on apprécie particulièrement le long chorus de Miles et le subtil et bref solo de batterie au cours de la reprise du thème final. C’est d’ailleurs cette version qui deviendra la référence de ce tube de Wayne Shorter ! LE
Prince of Darkness
Miles Davis Quintet
Sorcerer
Columbia
1967
Cette composition de Wayne Shorter est très représentative du quintette de Miles Davis en 1967. Derrière ce « prince de l’obscurité » se cache bien sûr la personnalité du dandy noctambule et élégant nommé Miles et de son penchant pour un certain romantisme noir (bien qu’Herbie préférait le définir en tant que « sorcier »). A cette époque, le quintette est à son sommet et les compositions de Wayne, de plus en plus audacieuses et « ouvertes », dominent le répertoire du groupe. Prince of Darkness n’échappe pas à la règle et permet à chaque musicien de se libérer complètement et à sortir individuellement de leur ombre afin de mieux s’exposer collectivement. LE
Nefertiti
Miles Davis Quintet
Nefertiti
Columbia
1967
Avec ce Nefertiti, titre éponyme d’un album essentiel, le quintette de Miles Davis plonge de plain-pied dans la musique modale en rejetant les grilles harmoniques et les progressions d’accords. L’idée est de mettre l’accent sur le tempo, où l’axe essentiel est porté par la contrebasse de Ron Carter et la batterie de Tony Williams. Le point de vue formel est novateur avec ce thème joué par la trompette et le sax ténor, inlassablement répété sans qu’ils ne prennent un solo. Ce sont les membres de la section rythmique qui sont les véritables solistes de ce titre, proposant sans cesse des variations et des figures rythmiques complexes. Magistral ! LE
The Moors
Weather Report
I Sing The Body Electric
Columbia
1971
C’est la deuxième mouture de Weather Report avec Miroslav Vitous, Eric Gravatt et Dom Um Romao – plus le guitariste Ralph Towner en invité - qui a enregistré cette composition atmosphérique de Wayne Shorter qui évoque des landes. The Moors privilégie les paysages sonores avec un changement de climat et de couleur musicale. L’originalité de ce morceau provient de la guitare acoustique de Ralph Towner, responsable d’une longue introduction en solo très limpide qui évoque un ciel dégagé. Puis le temps se couvre et la musique décolle vers de nouveaux horizons portés par la basse électrique de Miroslav Vitous, les claviers de Zawinul et le sax soprano de Shorter. LE
Lusitanos
Weather Report
Tale Spinnin’
Columbia
1975
A travers cette composition entraînante et fort bien construite, Wayne Shorter rend hommage à sa femme Ana Maria - d’origine portugaise et élevé en Angola - et à travers elle, aux lusitaniens qui ont créé la culture lusophone. C’est grâce à elle que Wayne s’est intéressé à la musique brésilienne et a collaboré avec Milton Nascimento. Il y a de belles couleurs latines et brésiliennes dans ce titre, renforcées par le batteur (Leon Ndugu Chancler) et le percussionniste (Alyrio Lima) empruntés à Santana. Wayne Shorter y déploie avec force son talent de saxophoniste au ténor sur une ligne de basse irrésistible d’Alphonso Johnson. LE.
Elegant People
Weather Report
Black Market
Columbia
1976
En 1976, Weather Report est devenu un groupe important et bankable qui se produit dans de grades salles. Sa fusion parfaite entre jazz, rock, funk et musiques du monde, s’est effectuée sans jamais se compromettre dans des facilités commerciales. Juste avant que Jaco Pastorius n’arrive et amplifie la réussite du groupe, ils enregistrent cette composition de Shorter, élégante et raffinée, portée par une subtile architecture sonore et la remarquable approche percussive d’Alex Acuna. Une occasion de plus pour Shorter de s’envoler très haut avec son ténor et pour Alphonso Johnson d’offrir une ligne de basse mémorable à ce morceau comme un superbe cadeau de départ du groupe. LE.
Sher Kahn, The Tiger
Devadip Carlos Santana
The Swing of Delight
Columbia
1980
Carlos Santana aime bien proposer de temps en temps des projets en dehors de son groupe Santana. Pour l’album “The Swing of Delight”, il convoque les musiciens du second quintette de Miles Davis sous la houlette du producteur David Rubinson. Dans la superbe composition de Shorter : Sher Kahn, The Tiger - que le saxophoniste reprendra cinq ans plus tard dans son album “Atlantis” - ils sont tous là, sauf Tony Willams, remplacé par Harvey Mason. La place importante du saxophone dans le déroulement du thème, niché dans les synthétiseurs d’Herbie Hancock et surtout le jeu extrêmement discret de la guitare de Santana sont surprenants et nous rapproche de la musique de Weather Report. LE
Port of Entry
Weather Report
Night Passage
Columbia
1980
Weather Report s’est stabilisé pendant quelques années autour de la paire rythmique Jaco Pastorius - Peter Erskine, souvent considérée comme la meilleure formation du groupe. Si l’album “Night Passage” a un peu déçu par rapport à ses prédécesseurs, la composition de Shorter Port of Entry s’avère en être un des points culminants avec son thème porté par le ténor de Wayne autour d’une section rythmique survoltée, puis arrive un chorus fou de Jaco, rapidement augmenté par les claviers délirants de Zawinul. Un titre enregistré en studio dans des conditions live devant un public conquis de 250 personnes. LE
Plaza Real
Weather Report
Procession
Columbia
1983
Nouvelle mouture du groupe avec l’arrivée du bassiste Victor Bailey, du batteur Omar Hakim et du percussionniste Jose Rossy pour ce morceau emblématique de Wayne Shorter qui évoque la célèbre place Barcelonaise. Il s’agit de l’une de ses plus belles compositions signées pour Weather Report. Le groupe la jouait systématiquement sur scène, et Wayne l’a souvent repris par la suite. Le morceau est introduit au concertina (petit accordéon diatonique) par José Rossy et se déploie avec grâce et élégance autour du saxophone soprano de Shorter amplifié par la dimension orchestrale stupéfiante des synthés de Zawinul. LE
Face on the Barroom Floor
Weather Report
Sportin’ Life
Columbia
1985
En 1985, ce groupe majeur formé quinze ans plus tôt, va vivre se derniers feux et Wayne Shorter apporte au groupe sa dernière contribution à travers ce petit bijou de poésie musicale. Cet émouvant et sensible Face on the Barroom Floor est joué en duo où les deux leaders du groupe dialoguent en toute intimité avec une belle connivence. Wayne s’envole avec son saxophone soprano à l’image d’un oiseau qui chante, tandis que Joe joue sur différents claviers en construisant des nappes synthétiques flottantes qui évoquent une mer calme et scintillante. Un bien beau testament musical. LE
Sanctuary
Carlos Santana & Wayne Shorter Band
Live at Montreux Jazz Festival 88
Liberation Entertainment
1988
Challenge délicat et difficile de reprendre Sanctuary, initialement écrit par Wayne Shorter pour le “Bitches Brew” de Miles Davis. La version qu’en donne le Santana-Shorter Band au festival de Montreux en 1988 est jouée sur un tempo beaucoup plus rapide avec une ligne de basse funky d’Alphonso Johnson et une pulsation binaire explosive du batteur Leon Ndugu Chancler. Un tapis rythmique impressionnant renforcé par les claviers conjoints de Chester Thompson et Patrice Rushen, qui donnent des ailes aux belles envolées de Shorter au ténor et de Santana à la guitare. LE
High Life
Wayne Shorter
High Life
Verve
1995
Un disque ambitieux qui a fait couler beaucoup d’encre à sa sortie entre ceux qui adoraient et ceux qui détestaient. Le titre éponyme de l’album, à la mélodie envoûtante, résume parfaitement bien ce projet à la dimension orchestrale et synthétique surprenante. L’enregistrement de ce morceau a nécessité la présence d’un orchestre de 32 musiciens du Los Angeles Philharmonic, dont les sonorités ont été échantillonnées par la claviériste Rachel Z et réintroduit et mixé avec le son du groupe par le producteur Marcus Miller.
Une architecture sonore qui nous séduit au fil des écoutes, portée par une ambiance féérique et irréelle qui enveloppe merveilleusement bien ce High Life. LE
Aung San Suu Kyi
Herbie Hancock & Wayne Shorter
1+1
Verve
1997
En juillet 1996, Wayne Shorter perd sa femme Ana-Maria dans un terrible accident d’avion. Très affecté par cette perte, il met un terme à sa carrière jusqu’à ce que le fidèle ami Herbie Habcock l’aide à remonter la pente à travers la pratique du boudhisme et surtout en lui proposant un projet musical passionnant et intime en duo. Sur la très belle mélodie d’Aung San Suu Kyi - qui rend hommage à la célèbre prix Nobel de la Paix birmane - le soprano aérien de Shorter et le piano acoustique délicat d’Hancock se mêlent et inter-réagissent ensemble dans une parfaite osmose poétique et spirituelle. LE
Masquelero
Wayne Shorter Quartet
Footprints Live !
Verve
2001
C’est au festival de Monterey en septembre 2000 que Wayne Shorter présente pour la première fois son quartette acoustique avec Danilo Perez, John Pattitucci et Brian Blade. Un groupe avec qui il restera jusqu’à la fin de sa vie et avec qui il privilégie les enregistrements en public, sans rien préparer, se laissant guider par l’improvisation et l’interaction entre les musiciens. Ce Masquelero - initialement composé pour le quintette de Miles Davis en 1967 – en est le parfait exemple. Alors que le groupe venait à peine de se former, nous sommes stupéfaits par l’alchimie musicale fertile et précieuse qu’entretiennent entre-eux les membres de ce fabuleux quartette. LE
Angola
Wayne Shorter
Alegria
Verve
2003
Avec ce superbe Angola qui évoque le pays natal de sa femme disparue Ana-Maria, Wayne Shorter est l’unique soliste (d’abord au ténor, puis au soprano) de ce morceau porté par une remarquable dimension orchestrale et un tapis rythmique percussif foisonnant. Wayne a invité du beau mode à ses côtés puisqu’on y entend Brad Mehldau, John Patitucci, Terri Lyne Carrington, Alex Acuna, Jeremy Pelt et Chris Potter. Shorter a définitivement mis de côté les instruments électriques et électroniques pour s’investir pleinement dans l’écriture - fouillée et ambitieuse - de morceaux joués exclusivement avec des instruments acoustiques pour le bonheur de tous. LE
On Wings of Song
Wayne Shorter Quartet
Beyond the Sound Barrier
Verve
2005
Sur ce titre, Wayne Shorter rend hommage à Felix Mendelssohn en reprenant dans une version instrumentale jazz, le célèbre lied Auf Flügeln Des Gesangues. Il reste très fidèle à la belle mélodie de Mendelssohn jouée au soprano, mais l’arrange pour son quartette en proposant un discours harmonique différent qui permet à Danilo Perez d’improviser de belles figures pianistiques autour du thème. Un morceau enregistré en public entre 2002 et 2004 lors d’un des nombreux concerts que le groupe a effectué à travers le monde. LE
S.S Golden Mean
Wayne Shorter Quartet
Without a Net
Blue Note
2012
Le S.S du titre de Wayne Shorter n’indique aucunement l’organisation paramilitaire nazie, mais son instrument fétiche à cette époque : le saxophone soprano ! Un morceau enregistré en quartette et en public lors d’une tournée européenne où c’est effectivement le soprano qui domine tout du long. Wayne s’amuse au début à jouer le thème du fameux Manteca de Dizzy Gillespie puis s’aventure dans l’improvisation avec son fabuleux groupe à l’interactivité permanente, face au public et sans filet (comme l’indique le titre de l’album). LE


