CONCERT DAVID BOWIE - SERIOUS MOONLIGHT TOUR 1983 – PARIS, HIPPODROME D’AUTEUIL – Mercredi 08 juin 1983.
1 févr. 2015
CONCERT DAVID BOWIE - SERIOUS MOONLIGHT TOUR 1983 – PARIS, HIPPODROME D’AUTEUIL –
Mercredi 08 juin 1983 à 21h.
Avec : David Bowie (voc), Carlos Alomar, Earl Slick (g), David Lebolt (k), Stan Harrison, Steve Elson, Lenny Pickett (sax), Carmine Rojas (b), Tony Thompson (dm), Frank & George Simms (backing voc).
MOONLIGHT SUMMER OF A ROCK’N’ROLL STAR
En ce mois de juin 1983, quinze ans après “Space Oddity”, la carrière de David Bowie est couronnée par un succès phénoménal et planétaire qu’il n’arrivera jamais à égaler. “Beau, Oui” (comme disait Gainsbourg) est incontournable et omniprésent, le chanteur, acteur, et star internationale, fasciné par “1984”de George Orwell, nous observe du haut des piles de magazines dont il assure toutes les couvertures. Son album “Let’s Dance”, sorti deux mois plus tôt, se retrouve rapidement n°1, tout comme le tube éponyme qui fait trembler tous les dancefloor pendant que le vidéo-clip passe en boucle dans le monde entier. En France, Bowie, devenu comédien, est au festival de Cannes avec deux films dont il tient le premier rôle : “Les Prédateurs” (The Hunger) de Tony Scott et “Furyo” (Merry Christmas Mr Lawrence) du réalisateur japonais Nagisa Oshima. Pendant que sa méga-tournée mondiale “Serious Moonlight Tour” arrive sur le sol français, il fait à la fois la une de Rock & Folk et de Première.
Cette tournéeambitieuse et onéreuse va démarrer en trombe, et deviendra fortement lucrative. Bowie n’a jamais déployé autant de moyens (musiciens, décors, éclairages, effets stroboscopiques..) et joué dans des lieux aussi immenses (stades, hippodromes, etc…).Quinze pays traversés en six mois et demi où David et son staff donneront 96 concerts pour un total de 2,6 millions de billets vendus !Après cinq dates triomphales en Angleterre, Bowie, au galop, déboule en vainqueur à l’hippodrome d’Auteuil pour deux concerts mémorables et sold out (près de 120.000 spectateurs cumulés). Dès 18h, une foule immense commence à converger en direction d’Auteuil, il y a de l’électricité dans l’air et beaucoup d’excitation, tout le monde a conscience qu’il s’agit d’une soirée particulière qui restera à jamais gravée dans nos pupilles et nos oreilles. Un public bien mélangé,entre fans de la première heure, période glam-rock et un brin décadents, et ados proprets des eighties qui viennent de découvrirle beau David. A 21h, la tension monte d’un cran lorsque la scène s’allume sur un décor de plastique translucide constitué de colonnes qui vont s’illuminer pendant le show et où,côté cour, brille un immense croissant de lune (Serious Moonlight).Sûr de son statut et de sa gloire, Bowie ne s’embarrasse pas de métaphore et entame le show avec une version époustouflante de Star, tiré de “Ziggy Stardust”. L’éclairage de scène tourne au bleu intense pour Heroes, avec une version assez funky et groovy. Autour de moi, les filles hurlent, c’est l’hystérie totale, Bowie est impérial, le costard bleu ciel est impeccable, la cravate est bien nouée, à l’image de son brushing,où aucune mèche blonde peroxydée ne dépasse. Le groupe nous impressionned’emblée, ils sont onze sur scène, dont deux choristes-comédiens-danseurs qui se démènent dans tous les sens, comme des personnages de comédies musicales, il s’agit des frères Simms (Frank et George) que Serge Gainsbourg récupèrera pour sa tournée “Love On The Beat” à l’automne 1985. Il y a aussi trois saxophonistes (dont Stan Harrison, qui jouera lui aussi avec Gainsbourg) et deux guitar-hero : le portoricaingorgé de musiques noires, Carlos Alomar et le trublion rocker au look de bad boy, Earl Slick !
Le répertoire est habilement conçu en puisant dans les succès des quinze dernières années tout en promotionnant “Let’s Dance”,dont Bowie prend un malin plaisir à mêler les sonorités funk initiées par Nile Rodgers,avec les couleurs soul de “Station To Station” ou de “Young Americans”.Il saura aussi nous surprendre à deux reprises, en rendant hommage aux sixties, avec une superbe version deSorrow des Merseys, tiré de “Pin Ups”et avec une relecturemémorable du White Light, White Heat du Velvet Underground qu’il n’avait pas joué depuis la tournée Ziggy de 1972.Et puis nous sommes franchement séduit et ébloui par l’aspect théâtral du concert à travers la mise en scène, les éclairages et le jeu des protagonistes : Sur Cracked Actor, Bowie joue à Hamlet en chantant avec un crâne humain tendu dans sa main ou sur le très sexy China Girl, Bowie, de dos mime une scène d’amour avec ses propres bras, comme si on l’enlaçait.Davidsait aussi enchaîner les morceaux comme personne : Let’s Dance succède à merveille à Fashion dans un moment particulièrement euphorisant avec un solo d’Earl Slick inoubliable et Space Oddity, juste après Ashes To Ashes, poursuit en flash-back l’histoire du Major Tom. On n’oubliera pas non plus les éclairages stroboscopiques et expérimentaux sur Scary Monsters avec un Carlos Alomar en vervequi se mesure à Robert Fripp ! Quant au bouquet final, il nous ramène dix ans en arrière, avec une version mémorable de Jean Genie, chantée en chœur par un hippodrome bondé et ivre de plaisir, où l’on distingue les crinières transpirantes et bondissantes d’une foule de belles juments et de furieux poulains qui assistent au plus beau spectacle de pur-sang en représentation dans l’enceinte de l’hippodrome d’Auteuil !
Lionel Eskenazi


