Cinq Questions à Thierry Maillard

1 juin 2020

Cinq Questions à Thierry Maillard

Par Lionel Eskenazi.

Le pianiste et compositeur Thierry Maillard publie sur son label Ilona Records : “Zappa Forever”, un double album ambitieux avec un big band de seize musiciens et sept invités prestigieux.

Votre album s’intitule “Zappa Forever”avec un dessin représentant Frank Zappa sur la pochette alors qu’il n’y a aucun morceau de lui et que vous signez toutes les compositions qui ont peu à voir avec l’univers de Zappa ?

“Zappa Forever”, ça veut dire que je considère Zappa comme un génie à la fois musicalement et humainement. Je voulais lui rendre hommage, mais en mettant surtout en avant sa personnalité plutôt que sa musique.J’aime beaucoup son côté révolutionnaire, c’était un homme qui ne mâchait pas ses mots et qui avait un humour dévastateur. Il prenait des positions et il avait un regard pertinent sur la société. Il me semblait inutile de reprendre ses compositions car je voulais proposer les miennes,qui sont dans un esprit proche du sien, c’est à dire monter un projet fou et ambitieux qui intègre de multiples références et plusieurs styles musicaux.J’attache, comme lui, une grande importance aux orchestrations et j’ai essayé avec mon big band de pousser au bout tout ce qu’il aimait faire avec une sonorité jazz-rock binaire.

Quand et comment avez-vous découvert la musique de Frank Zappa et quels sont vos albums préférés ?

J’ai découvert Frank Zappa lorsque j’avais quinze ans avec l’album “Joe’s Garage”, grâce à un ami guitariste qui était fan. A l’époque j’étais à fond dans la musique classique (je jouais beaucoup Mozart et Beethoven), mais j’étais aussi attiré par le rock. Quand j’ai découvert Zappa, sa musique a tout de suite fait le lien entre ma culture classique et ma culture rock et c’est en partie grâce à lui que je me suis intéressé par la suite au jazz-rock, puis au jazz. Parmi mes albums préférés, il y a celui avec Pierre Boulez qui m’a beaucoup impressionné (“The PerfectStranger”) et puis “Chunga’s Revenge” où sont réunis en un seul disque les différents univers musicaux de Zappa.

Deux ans après “Pursuit Of Happiness”, vous renouvelez l’expérience du big band, que vous apporte le travail en grande formation ?

Après l’expérience très positive de “Pursuit Of Happiness”, j’avais envie de continuer avec ce big band qui représente une aventure extraordinaire à la fois humaine et musicale. Mais je voulais aller encore plus loin afin de proposer quelque chose de plus fort et de plus ambitieux. Je prends beaucoup de plaisir à écrire pour un grand orchestre et j’avais envie de développer plus d’idées dans ce projet, notamment en ajoutant différentes couleurs avec la présence de plusieurs invités.

Les sept invités de l’album sont plutôt prestigieux, comment les avez-vous choisis ?

La musique de Zappa est à la fois instrumentale et vocale et je voulais la présence de chanteurs. J’ai demandé à Camille Bertault d’écrire un texte qui parle de Zappa et de le chanter avec nous avec sa folie et son sens de l’improvisation. Je voulais aussi intégrer David Linxen lui laissant la liberté d’écrire ce qu’il veut sur des musiques que je lui ai données en amont. Il est présent sur deux morceaux qui sont d’ailleurs très différents. J’avais aussi très envie de jouer avec Chris Potterqui est impérial sur deux titres (un lent et un rapide) et j’ai choisi le guitariste GiladHekselman car il a un jeu très différent de celui de Zappa. Enfin il y aussi la présence de Stéphane Belmondo, de Franck Tortiller et du percussionniste RhaniKrija.

 

Revenons sur le dessin de la pochette qui fait beaucoup penser aux bandes dessinées des années 70, pourquoi cette référence ?

J’ai demandé à un dessinateur (Mr K) de reproduire la tête de Zappa telle qu’elle apparaît sur l’album “Chunga’s Revenge” et d’y intégrer les musiciens du big band et moi-même. La référence aux bandes dessinées des années 70 est très explicite. C’était une époque où l’on pouvait se permettre beaucoup de choses qui n’étaient pas politiquement correctes. Aujourd’hui, on n’a plus le droit de dire quoi que ce soit de peur de froisser quelqu’un. Je regrette cette époque un peu libertaire où l’on pouvait tout se permettre et où quelqu’un comme Zappa pouvait exprimer tout ce qu’il voulait !

CD Thierry Maillard Big Band “Zappa Forever”,Ilona Records/L’autre distribution.

CONCERTS Thierry Maillard Big Band, le 26 juin 2020 à La Ferté Jazz Festival (La Ferté Sous Jouarre, 77)