Chronique DVD : Marc Ribot : “La corde perdue”
1 juil. 2007

EVENEMENT
Les blessures originelles
Un voyage intime et musical qui mêle le quotidien à l’universel.
MARC RIBOT
La Corde Perdue
Documentaire de Anaïs Prosaïc avec Marc Ribot (g, voc), Arto Lindsay (g), Anthony Coleman (org), Ned Rothenberg (bcl), Ted Reichman (acc), Brad Jones, Melvin Gibbs, Sebastian Steinberg, Dave Hofstra (b), Roberto Rodriguez, Sim Caine, Bruce Cox (dm), E.J Rodriguez, Eddie Bobbé, Christine Bard (perc), Catherine Jauniaux (voc). 2003 (avec des documents de 1993 à 2003) et en bonus 4 titres en solo de 2003.
CHOC Profond
Le film démarre par un concert solo du guitariste Marc Ribot qui interprète du John Zorn en utilisant des pédales d’effets de distorsion. Puis, il s’exprime sur sa conception de la musique bruitiste et lâche une phrase magnifique, qui sera au cœur de la narration : « Il est plus facile de percevoir les cris que d’identifier les blessures ». Ce film ne va plus seulement être un excellent portait de musicien, mais il va se transformer en voyage intime d’un artiste américain qui s’interroge sur sa vie et sur le monde qui l’entoure, en puisant au cœur de ses origines, afin de comprendre son rapport à la création. On va parcourir l’itinéraire musical de cet inclassable de la scène downtown New-Yorkaise, pratiquant tous les genres, plaçant l’improvisation au centre de sa musique, qu’elle soit classique, jazz, folk, blues, rock, soul, cubaine ou juive.
Ce journal intime audiovisuel va allègrement mélanger les époques (on voit des images de Marc Ribot étalés sur 10 ans (1993-2003), le montage pourra sembler heurté et confus (en assemblant des images qui ne raccordent pas forcément) alors qu’en fait, on suit toujours le fil de sa pensée, qui comme chez tous les artistes rebondit souvent. On passe de l’étude de la guitare classique (qu’il a reprise à l’âge de 30 ans), aux attentats du 11 septembre 2001 (il a donné des concerts de soutien pour La Croix Rouge). On évoque sa passion pour le Prime Time d’Ornette Coleman, son amour de la musique cubaine et sa découverte de la scène No Wave en 1978 (John Lurie, Arto Lindsay). On nous montre sa vie de père de famille au quotidien et il nous explique son aversion pour la politique de Bush. Pour conclure en beauté ce magnifique portrait, Marc Ribot nous délivre sa conception de l’improvisation libre : « On travaille sur une surface vierge, puis on commence à entendre ses propres projections mentales, une matière musicale refoulée qui ressemble à une ancienne et étrange musique juive et on finit par rencontrer son histoire profonde. »
Lionel Eskenazi
1 DVD La Huit – Distribué par Spirale/DG Diffusion

