Chronique CD : Médéric Collignon & Jus De Bocse : “Porgy & Bess”
1 nov. 2006

EVENEMENT
De la marge au centre
Le trublion du jazz français s'assagit et se concentre sur son talent d'instrumentiste.
MEDERIC COLLIGNON-JUS DE BOCSE
Porgy & Bess
Médéric Collignon (ct, fgh, voc), Franck Wöeste (elp), Frédéric Chiffoleau (b), Philippe Gleizes (dm) + Marie Menand (voc) sur un titre. Juin 2004.
HHHH Grande interprétation
L'opéra de Gershwin Porgy & Bess, crée en 1935, a inspiré de nombreux jazzmen, notamment des trompettistes : Louis Armstrong, Miles Davis, et récemment Paolo Fresu (revisitant Miles). On n'attendait pas de Médéric Collignon, le trublion "punk" du jazz français, l'éternel adolescent délirant, qu'il rende hommage à son tour à Gershwin et qu'il fasse preuve d'un certain classicisme. Sa démarche s'apparente d'ailleurs à une relecture de Miles (1) proche de celle de Paolo Fresu (par l'emploi d'une formation réduite, d'un clavier Fender Rhodes, et l'utilisation d'effets électroniques) mais avec un résultat supérieur au niveau de la texture sonore. Collignon, à 36 ans, est arrivé à un stade de sa carrière où il a besoin d'une reconnaissance plus large, qu'on espère internationale. Abandonnant la trompette pour se spécialiser vers le bugle et surtout le cornet de poche, Médéric est devenu un instrumentiste hors-pair et son Porgy & Bess en est la parfaite démonstration. On est vraiment impressionné par la cohésion du quartet Jus De Bocse (jeu de mot sur Juke Box) et la qualité de la direction musicale et des arrangements. Dès My Man's Gone Now qui ouvre l'album, on est séduit par le travail de "rerecording" que Collignon effectue sur ses propres instruments, créant ainsi une véritable section de cuivres et par l'élégance et l'efficacité de la rythmique. Sur The Buzzard Song et Prayer(Oh Dr Jesus), c'est la précision de son jeu et la justesse du timbre qui nous interpelle. Médéric s'autorise tout de même à "collignoner" par moment, dans des délires savamment dosés, comme la partie vocale de I Love You Porgy ou l'intro "destroy" de Gone. Même si Médéric s'est assagit, n'oublions pas que derrière la folie de ses performances, il a toujours été un musicien sérieux, exigeant et respectueux, comme en témoigne son refus de reprendre le célèbre et sacré Summertime. Il préfère affirmer son amour de Miles en concluant son album par une reprise du méconnu Mood, de Ron Carter, extrait de E.S.P.
Lionel Eskenazi
(1) Son prochain projet avec Jus De Bocse, sera une relecture de : In A Silent Way.

