Chronique CD : Henri Texier Strada Sextet : “Alerte A L’Eau ”

1 avr. 2006

EVENEMENT

L’EAU DE VIE

Henri Texier nous alerte, par une musique vive et inspirée, des menaces qui pèsent sur l’eau et sur notre vie.

 

HENRI TEXIER STRADA SEXTET

Alerte A L’Eau

Sébastien Texier (cl, acl, as), François Corneloup (bars), Guéorgui Kornazov (tb), Manu Codjia (g), Henri Texier (b), Christophe Marguet (dm).

Avril 2006.

CHOC    Explosif

Deux ans après (V)ivre, le Strada Sextet d’Henri Texier continue d’exprimer en musique les graves désordres mondiaux que nous subissons. Le cri d’alarme écologique et politique est poussé par une formation homogène où chaque musicien donne le meilleur de lui-même.

Les deux premiers titres Afrique A L’Eau et Ô Africa  forment un seul morceau de 11 minutes, un fer de lance qui donne la couleur de l’album, où l’explosion d’une menace n’est jamais loin. La batterie est hyper tendue, les cuivres sont aiguisés, la contrebasse propulse cette agitation dans un univers électrisé par une guitare à l’affût. Le sax alto va créer une brisure (au moment du changement de titre) et instaurer un état d’urgence, relayé par la batterie, le sax baryton et le trombone. La contrebasse, maîtresse des lieux, après un chorus saisissant, va réinstaller le groove qui nous ramènera au thème initial : c’est du grand art, une musique écrite comme un scénario, où le déroulement musical est porteur d’une prise de conscience. Cette formation, plus tribale et moins sensuelle que l’Azur Quintet, permet à chaque musicien de créer avec son instrument de véritables performances, toujours au service du discours musical. Chaque titre est entrecoupé de segments (comme souvent chez Texier), intitulés Flaques et présentés sous forme de duos libertaires. On est impressionné par le duo François Corneloup-Sébastien Texier (Flaque soleil), et par le solo de clarinette alto de ce dernier sur Ô Elvin . Sur Blues D’Eau, l’ambiance est fluide et une atmosphère étrange est distillée par les glissandos de Manu Codjia et par son chorus à la ligne claire et aquatique. Le son de guitare peut d’ailleurs devenir sale sur Ô Elvin et carrément agressif, jusqu’à griffer nos tympans sur Sacrifice D’Eau et son climat angoissant. En terminant sur Valse D’Eau, mélodie simple et sensuelle, une lueur d’espoir s’exprime après la peur. Une sérénité retrouvée après le désastre annoncé, beau et pur comme un poème de Rimbaud, où la mer se mêle au soleil.

 

Lionel Eskenazi

 

1 CD Label Bleu LBLC 6698 – Distribué par Harmonia Mundi