Chronique CD : Géraldine Laurent "Time Out Trio"

1 sept. 2007

EVENEMENT

L’Art de la reprise

Le disque le plus attendu de l’année revisite avec une grande force expressive le jazz du début des années 1960.

 

GERALDINE LAURENT

Time Out Trio

Géraldine Laurent (as), Yoni Zelnick (b), Laurent Bataille (dm).

 

CHOC     Incontournable

 

Le plaisir que nous procure le premier disque de Géraldine Laurent et son Time Out Trio est proportionnel à la longue attente qu’il a suscitée. Même dans nos plus beaux rêves, on n’aurait pu imaginer un album aussi fort et cohérent, dévoilant toutes les facettes expressives de la talentueuse saxophoniste alto. Ceux qui l’ont vue sur scène, retrouveront intacts son irrésistible swing, son inventivité rythmique, son phrasé virevoltant et sa recherche permanente du dépassement de soi. Dix titres qui nous propulsent dans l’univers de ce trio, spécialisé dans l’art de transcender le jazz des années 1960 : quatre standards (dont un mémorable Skylark), deux compositions de Mingus, une de Shorter, une d’Ornette Coleman (Rejoicing) et deux surprises. L’une signée du pianiste Denny Zeitlin (Repeat, crée en 1964) et l’autre écrite par Géraldine elle-même (A Quiet, ballade swinguante aux envolées mélodiques surprenantes). En reprenant deux morceaux figurant sur l’album The Standard Sonny Rollins, Géraldine Laurent honore celui qui a magnifié à la fois l’art du trio (sax-basse-batterie) et l’art d’interpréter les standards. Avec Lester Left Town, il s’agit d’un double hommage aux saxophonistes, sachant que Wayne Shorter a composé ce thème pour les Jazz Messengers juste après la mort de Lester Young. Sur ce titre, tel un félin prêt à l’attaque, elle joue en permanence sur des ralentissements et des accélérations de tempos, avec la géniale connivence de Yoni Zelnick et Laurent Bataille. Elle nous surprend avec sa version très habitée de I Fall In Love Too Easily, sachant qu’aucun grand saxophoniste n’a joué ce thème, plutôt célébré par des pianistes (comme Bill Evans dont elle aime retranscrire les solos)). Enfin, il fallait oser reprendre en trio deux célèbres chefs d’œuvre de Mingus, en particulier le virulent Fable of Faubus, où une fois de plus, on est fasciné par les surprenantes mouvances de la structure rythmique, qui impriment tant de poésie au discours musical.

 

Lionel Eskenazi

 

1 CD Dreyfus Jazz 46050369142 - Distribué par Sony-BMG

Prix indicatif :

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