Chronique CD : E.S.T. : “Tuesday Wonderland”
10 oct. 2006

E.S.T. - ESBJÖRN SVENSSON TRIO
Tuesday Wonderland
Esbjörn Svensson (p), Dan Berglund (b), Magnus Öström (dm). Mars 2006.
HHH Redite
E.S.T. propose en ouverture et fermeture de leur 10e album : Fading Maid Preludium et Fading Maid Postluduim, qui donnent au disque l'aspect d'une boucle (le dernier titre démarre à l'endroit où le premier s'arrête et se termine comme le premier débute). Ce double morceau rend hommage à Pink Floyd (1) et se caractérise par un son énorme au climat électrique et pesant, une batterie binaire et lourde (proche du jeu de Nick Mason) et une contrebasse électrifiée et saturée (qui évoque Roger Waters). On connaissait leur goût pour l'architecture sonore, mais ici la pertinence de la mise en scène monte d'un cran. L'album se poursuit par son titre éponyme et l'on est séduit, une fois de plus, par la qualité de la construction mélodique et rythmique. Une impression de déjà entendu parcourt tout de même nos conduits auditifs, impression qui va hélas se reproduire à plusieurs reprises, malgré le pouvoir de séduction de certains titres : The Goldhearted Miner (avec son intro où les cordes frappées du piano sonnent comme un banjo, et où la mélodie bluesy se developpe avec des accents Jarrettiens) et Brewery of Beggars (à l'énergie rock et à l'ostinato obsédant, permettant à Svensson de nous livrer un beau chorus improvisé). À partir du 6e titre, central, le groupe se relâche, ne nous surprend plus et surtout ne nous intéresse plus. Les morceaux défilent et finissent par ressembler aux précédents, comme par effet de miroir. On aboutit ainsi à une compilation redondante de leur savoir-faire et de leurs tics : musique décorative, formatée et lisse, même si elle est magnifiquement réalisée.
Lionel Eskenazi
(1) Pas celui du génial et regretté Syd Barrett, disparu au mois de juillet, mais plutôt le Pink Floyd des années 70, où Roger Waters régnait en maître sur le groupe.
1 CD ACT 9016-2 - Distribué par Harmonia Mundi

