Chronique CD : Aldo Romano, Rémi Vignolo, Baptiste Trotignon : “Flower Power”

1 nov. 2006

EVENEMENT

La Nostalgie des fleurs

Un trio qui pourrait être celui d’un père revisitant les tubes de sa jeunesse avec ses deux fils.

 

ALDO ROMANO – REMI VIGNOLO – BAPTISTE TROTIGNON

Flower Power

Baptiste Trotignon (p), Rémi Vignolo (b), Aldo Romano (dm).

 

HHH     A moitié satisfaisant

 

C’est le poète Allen Ginsberg, précurseur du mouvement hippie, qui a inventé le terme Flower Power en 1965 en s’inspirant de Gandhi. Le symbole de la fleur deviendra l’emblème de la non-violence et du refus de la guerre du Vietnam. Musicalement, ce mouvement culmine dans les années 1966-1970 avec des figures mythiques de la pop music comme Jimi Hendrix.   

A l’écoute du Flower Power de Romano-Vignolo-Trotignon, on est surpris par le sens très large qu’ils donnent au titre de l’album. Le concept est détourné de son sens premier et s’apparente plus à une opération de marketing qu’à une ouverture d’esprit peace & love. En incluant des morceaux écrits entre 1966 et 1975 de chansons françaises (Polnareff, Gainsbourg, Férré) et de variétés anglo-saxonnes (Murray Head, Elton John, James Taylor) le trio est hors-sujet 7 fois sur 13.

L’album s’ouvre sur une version rapide de Love Me Please Me, qui permet à chaque musicien de se distinguer brillamment. La reprise de Je T’aime Moi Non Plus a peu d’intérêt, si ce n’est son association avec la belle Valse De Melody (et le lyrisme de Vignolo).

 

Sur C’est Extra, après un traitement du thème assez mécanique, le jeu de piano de Trotignon devient violent et prend des accents free surprenants. Notons aussi les versions assez plates, des mélodies racoleuses et souvent rabâchées de Say It Ain’t So et Your Song.

Heureusement la présence de titres de Bob Dylan, des Doors, ou de Pink Floyd ranime la flamme hippie qui aurait dû être l’argument principal du disque. On apprécie aussi la superbe interprétation de Sea Song de Robert Wyatt où Romano et ses « deux fils »  forment une famille cohérente où l’élégance côtoie la rigueur. Soulignons enfin la qualité des arrangements de Black Dog et Bridge Over Trouble Water, qui deviennent, comme par magie, de vrais morceaux de jazz.

On aurait aimé un disque plus cohérent pour nous satisfaire totalement, mais nous sortirons tout de même nos chemises à fleurs pour voir ce trio de musiciens exceptionnels sur scène.

 

Lionel Eskenazi

 

1 CD Naïve NV8100911 – Distribué par Naïve