CD : YOTAM SILBERSTEIN & RON CARTER « Duets »
15 avr. 2026

COMMUNIQUE DE PRESSE
YOTAM SILBERSTEIN & RON CARTER
« Duets » (Jojo Records)
Il existe une belle amitié et une grande fidélité entre le guitariste israélien Yotam Silberstein (basé à New-York) et le responsable du label Jojo Records Simon Belelty (également excellent guitariste). Après deux albums consacrés à des reprises (« Standards vol.1 et vol.2 ») publiés sur Jojo Records, leur collaboration se poursuit à travers un duo exceptionnel, où Yotam Silberstein dialogue avec l’un des plus grands contrebassistes de l’histoire du jazz : Mr Ron Carter (qui fêtera ses 89 ans le 4 mai 2026). Il faut d’ailleurs préciser que Yotam Silberstein aime jouer avec des musiciens beaucoup plus âgés que lui, afin de leur rendre hommage et de saluer leur parcours, pendant qu’ils sont encore vivants et en activité (avant de collaborer avec Ron Carter, il a joué avec le pianiste Hank Jones, le saxophoniste George Coleman ou le batteur Billy Hart),
Ce « Duets » révèle une rencontre musicale organique et sensible, où les deux musiciens tissent une toile à la fois mélodique, harmonique et rythmique, et où l’absence de batterie n’est pas exempt de swing, et libère de l’espace autour d’un dialogue plein de finesse et d’élégance, construit sur une pulsation latente.
Yotam Silberstein a eu plusieurs fois l’occasion de jouer avec Ron Carter lors de sessions à New-York, mais il n’avait jamais joué avec lui en duo. C’est Simon Belelty qui a eu l’idée de les réunir afin de rendre hommage au grand guitariste Jim Hall, qui a enregistré trois albums en duo avec Ron Carter (entre 1973 et 1985) et avec qui il s’est souvent produit sur scène. Le répertoire s’est construit sur des idées de Yotam Silberstein (à l’exception de deux suggestions de Simon Belelty), où Ron Carter n’est pas intervenu sur le choix des morceaux. L’idée principale fût d’interpréter une majorité de standards, mais bien sûr, pas ceux du duo Jim Hall-Ron Carter, et en choisissant des morceaux peu connus et rarement joués par des guitaristes.

Précisons que cet album a été enregistré dans le légendaire studio de Rudy Van Gelder à Englewood Cliffs dans le New Jersey. Un studio que Ron Carter affectionne particulièrement et qu’il connaît parfaitement bien, car il y a enregistré plusieurs centaines d’albums, que ce soit en leader ou en sideman. Puis cerise sur le gâteau, cet album a été enregistré un 04 décembre qui est le jour de l’anniversaire de Jim Hall (il aurait eu 94 ans ce jour là). Enfin, ajoutons que Simon Belelty a assuré la direction artistique, décidant au besoin s’il fallait refaire des prises (ce qui est peu arrivé) et choisissant l’ordre des morceaux pour l’édition finale de l’album.
Sur les huit morceaux du disque, on note la présence de deux compositions originales, signées par Yotam Silberstein, dont un hommage au guitariste Russell Malone (disparu en août 2024), qui était un très bon ami de Yotam et qui l’a beaucoup soutenu à ses débuts à New-York. Malone a également longtemps joué avec Ron Carter au sein du Golden Stricker Trio (avec Mulgrew Miller ou Donald Vega au piano).
L’album s’ouvre sur une chanson brésilienne Nova Ilusao de Paulinho Da Viola - un représentant majeur de la Musica Popular Brasileira - ici jouée dans une version instrumentale particulièrement mélodieuse pour guitare et contrebasse.
Puis place à une suggestion de Simon Belelty avec le standard Love Letters, composé en 1945 par Victor Young & Edward Heyman, dont Jim Hall avait réalisé une très belle version.
Le troisième morceau Blues For Russell Malone est une superbe composition de Yotam Silberstein qui rend hommage au grand guitariste Russel Malone, disparu à l’âge de 60 ans d’une crise cardiaque, en pleine tournée au Japon avec Ron Carter. C’est l’un des rares titres où Ron nous gratifie d’un très beau solo de contrebasse.
Le morceau suivant Rain Song est également une composition de Yotam Silberstein. Il s’agit d’une belle et mélancolique chanson triste, dont Yotam a également écrit les paroles, qui est jouée ici dans une version instrumentale sous forme de valse, spécialement arrangée pour le duo.

Ensuite, une fois n’est pas coutume, apparaît un standard de jazz très connu : Lamp Is Low, tiré de la fameuse Pavane Pour une Infante Défunte de Maurice Ravel, jouée dans une version rapide. Il s’agit d’un morceau que Yotam avait joué avec le trompettiste Roy Hargrove et qu’il avait envie de reprendre pour ce projet.
Le standard What Is There to Saya été composé en 1934 par Edgar Harburg et Vernon Duke. Yotam Silberstein en apprécie particulièrement la mélodie et l’harmonie et aime différentes versions de ce thème, particulièrement lorsqu’il est joué par des pianistes. C’est le morceau le plus long de l’album (6’14) qui permet à Ron Carter de nous proposer à nouveau un séduisant solo de contrebasse.
They Say, It’s Wonderful est une composition d’Irving Berlin de 1946, tirée de la comédie musicale : « Annie Get Your Gun » qui tenait à cœur à Simon Belelty car il avait un souvenir ému d’une version jouée par Sonny Rollins lors d’un concert. Quant à Yotam Silbestein, il admire la version de Johnny Hartmann avec John Coltrane.
Enfin l’album se termine par un morceau étonnant à plus d’un titre, car il s’agit d’une composition bop, up tempo, écrite par le saxophoniste Johnny Griffin pour son album Blue Note : « Introducing Johnny Griffin » en 1956 et arrangé brillamment pour le duo.
Lionel Eskenazi.

