CD : RP Quartet « Poney Jungle »
21 févr. 2020

RP QUARTET « PONEY JUNGLE »
R, comme Ribot (Bastien Ribot : violoniste) et P, comme Pennes (Edouard Pennes : guitariste), ce sont les deux leaders du RP Quartet, formation de jazz manouche tout à fait singulière, qui ne serait pas un quartette sans mentionner l’apport fondamental du guitariste rythmique Rémi Oswald et du contrebassiste Damien Varaillon.
Ils forment un groupe soudé depuis plus de dix ans, un orchestre homogène et harmonieux où l’entente musicale est parfaite. Ils s’entendent tellement bien et ont une telle ouverture musicale que tout semble possible avec eux. Tout semble facile, fluide, et cohérent dans leur approche que l’on en oublie parfois la difficulté technique d’une telle musique !
Grands fans de Django Reinhardt et de Stéphane Grappelli, les musiciens du RP Quartet sont bien trop malins pour proposer une relecture du répertoire du Quintette du Hot Club de France. Ils en ont surtout compris l’esprit de liberté, l’architecture sonore, l’interaction permanente, et la grande leçon de modernité de la musique de Django Reinhardt, qui de Rythme Futur à sa relecture de la Marseillaise n’a jamais cessé de nous surprendre et de nous séduire !
Ils sont jeunes, ils sont tous extrêmement doués (pour ne pas dire virtuoses), et ils ont une grande culture musicale, doublée d’une connaissance profonde de l’histoire du jazz, ainsi que des oreilles grandes ouvertes, et une curiosité sans limite.
Leur crédo, c’est de magnifier le jazz manouche à travers l’instrumentation stricte du quartette (deux guitares, un violon et une contrebasse) et de le rendre crédible et vivant à travers un répertoire jazz très vaste qui va des standards de Broadway, au jazz moderne de Charles Mingus, John Coltrane, ou Wayne Shorter, en passant par des compositions de Duke Ellington ou Thelonious Monk, et même parfois des détours du côté de Debussy ou Leonard Bernstein !
Rien n’est impossible pour le RP Quartet car tout est dans l’art et la manière d’interpréter avec un travail impressionnant sur les arrangements et sur l’originalité du répertoire.
Une musique jouissive, à la fois ludique et exigeante, qui se démarque complètement de la plupart des formations de jazz manouche.
« Poney Jungle » est le quatrième album du RP Quartet en dix ans, dont les douze morceaux nous proposent un voyage fascinant à travers l’histoire du jazz et où l’instrumentation classique d’un quartette de jazz manouche défie tous les challenges en s’acoquinant avec les audaces formelles du jazz modal !
L’album s’ouvre sur RagingPiece, une composition de Bastien Ribot, pleine de rage, de swing, et de difficultés techniques, truffés d’acrobaties rythmiques. Et pourtant tout semble fluide, facile, et cohérent dans cette composition majeure qui donne d’emblée le ton de l’album.
Avec Brilliant Corners, le quartette s’attaque à l’une des compositions les plus difficiles de Thelonious Monk qui semble évidente en version manouche tant l’arrangement est pertinent !
Reprendre la célèbre composition Nefertiti,que Wayne Shorter écrivit pour le quintette de Miles Davis en 1967, relève de la gageure, mais le pari est largement gagné et nous sommes terriblement séduits par la singularité de cet arrangement et son introduction violon-contrebasse avantl’arrivée des guitares à l’unisson.
Attention la machine à swing tourne à plein régime avec la relecture du fameux Take The A Train de Duke Ellington. Un TGV à l’allure implacable qui a le charme et l’élégance des trains à vapeur !
La subtilité et la classe de Duke Ellington sont de nouveau à l’honneur dans cette composition du grand Charles Mingus intitulée Duke Ellington Sound’s Of Love où les deux guitares et la contrebasse tissent de superbes textures sonores en attendant patiemment l’arrivée du violon.
Le RP Quartet rend hommage au fabuleux John Coltrane qui rendait hommage à son tour au grand talent de Sonny Rollins dans une relecture deLike Sonny qui sonne merveilleusement bien en version manouche !
Après Nefertiti, retour au jazz modal et au talent de compositeur de Wayne Shorter pour le quintette de Miles Davis avec un E.S.P beaucoup moins étrange et beaucoup plus swing que l’original !
Avec Light Blue, le RP Quartet revisite la musique de Monk avec un morceau peu connu, pour une belle et intime introspection.
Retour à l’univers de Mingus avec son hommage à Charlie Parker : Reincarnation Of A Lovebird, à travers un arrangementépoustouflant du RP Quartet très pertinent et très fidèle à l’esprit du morceau !
La relecture, toute en finesse et en sensibilité, de A Flower Is A LovesomeThingde Billy Strayhorn est une très belle idée du contrebassiste Damien Varaillon.
Isfahanest aussi une superbemélodie signée par Billy Strayhorn peu de temps avant sa mort, pour la fameuse « Far East suite » de Duke Ellington. Un écrin de velours pour les quatre comparses du RP Quartet !
L’album se termine en beauté autour d’un swing implacable avec une formidable relecture du Joshua que Victor Feldman composa pour Miles Davis dans l’album « SevenSteps To Heaven » en 1963.

