CD : RP Quartet « Birth of the Cow »
11 oct. 2024

RP QUARTET : « Birth of the Cow »
« Birth of The Cow » est le cinquième disque du RP Quartet en quatorze ans d’existence. Un groupe qui propose toujours un jeu de mot à chaque titre d’album, en référence à l’histoire du jazz (ici Birth of the Cool), ainsi qu’un nom d’animal mis en avant (après l’écrevisse, le poulet, la chèvre et le poney, c’est maintenant la vache qui est à l’honneur !).
Ce groupe de musiciens virtuoses aime pratiquer l’humour, mais ils proposent surtout un jazz manouche moderne et exigeant, en publiant des albums avec une grande régularité autour de projets attachants et excitants.
Ce « Birth of The Cow » n’échappe pas à la règle et offre un très bel éventail des différents styles de jazz qu’ils arrangent avec talent dans le style manouche. Des morceaux interprétés avec beaucoup de ferveur et d’efficacité autour d’un répertoire qui mélange avec bonheur des reprises connues, des compositions personnelles, et des reprises plus rares et surprenantes.
Bastien Ribot (violon), Edouard Pennes (guitare), Rémi Oswald (guitare) et Damien Varaillon (contrebasse) se connaissent parfaitement bien et ont su créer au fil des ans une très belle complicité en créant un son de groupe cohérent et homogène, où chaque membre est à sa juste place et où personne ne tire la couverture vers lui. Leur musique exigeante et particulièrement difficile à jouer, coule pourtant de source autour d’une grande fluidité de jeu avec un aspect joyeux et beaucoup de fraîcheur, à l’image des grands noms de l’histoire du jazz qu’ils reprennent avec beaucoup de respect et d’humilité.
Duke Ellington est à l’honneur avec quatre titres de sa composition, repris et arrangés par le quartet. Place au swing avec un grand S pour un Caravan d’anthologie particulièrement vif et excitant, où chaque musicien est mis en valeur autour d’une base rythmique implacable d’une grande solidité. Tout d’abord Edouard Pennes, dont la guitare virevolte avec beaucoup d’aisance à l’image d’une caravane remuante qui emprunte une route sinueuse, bientôt suivis par le violon chantant de Bastien Ribot et la contrebasse à la fois souple et puissante de Damien Varaillon. C’est toujours le swing qui irradie leur version de Cotton Tail, joué sur un tempo particulièrement rapide, où cette fois c’est Rémi Oswald qui est particulièrement mis en avant avec un solo de guitare rythmique d’anthologie. Place à la mélodie et à la douceur à fleur de peau avec le sublime African Flower, où nos quatre amis tissent avec leurs instruments une formidable tapisserie musicale parfaitement bien architecturée. Avec Zweet Zurzday, une composition rare et méconnue d’Ellington - tirée de la Peer Gynt Suites- le RP Quartet nous surprend et nous enchante autour d’un morceau particulièrement étrange et inclassable.
Thelonious Monk n’est pas en reste, avec une belle version épurée de Pannonica, interprétée en duo (guitare-violon) par Edouard Pennes et Bastien Ribot. Une composition de Django Reinhardt est bien sûr présente autour d’une interprétation pleine de légèreté et d’entrain de son sublime Nymphéa aux allures impressionnistes.
Le jazz moderne des années 1960 trouve aussi sa place dans cet album avec une version particulièrement rapide et dingue de Birdlike - morceau bop célèbre que Freddie Hubbard composa en hommage à Charlie Parker - où Bastien Ribot prouve avec beaucoup d’aisance que l’on peut jouer bop et à toute vitesse avec un violon, tout en déployant une grande musicalité ! Dans un registre pas très éloigné, le quartet nous propose une étonnante relecture manouche d’un morceau rare de Cannonball Adderley : You Got It et puis l’étrangeté et la surprise reviennent au galop avec une version étonnante du Juju de Wayne Shorter interprétée en duo (violon-contrebasse).
Enfin, n’oublions pas de mentionner les deux compositions originales de l’album, toutes deux signées par Bastien Ribot, l’entraînant Birth Of The Cow - qui ouvre l’album – et une formidable Arrogance, où l’on saisit avec brio, l’alliance du swing et de la modernité, telle qu’elle a été édifiée à son époque par le maître Django.
Lionel Eskenazi.

