CD : Mamiko Watanabe « Being Guided By The Light »
23 févr. 2024

MAMIKO WATANABE « Being Guided By The Light » (Jojo Records)
« Being Guided By The Light » est le cinquième album en leader de Mamiko Watanabe et comme son titre l’indique, il est porté par un message mystique, spirituel ou religieux : « La manière dont j’explore et développe ma musique est constamment liée à la recherche d’une nouvelle lumière et j’ai besoin d’être guidée par cette lumière. »
Cette « lumière nouvelle » qui irradie ce disque flamboyant, est portée par un fantastique power trio, où l’on trouve le contrebassiste Santi Debriano - un habitué du label Jojo Records - et le fantastique batteur américain Billy Hart (âgé aujourd’hui de 83 ans) que l’on ne présente plus.
Nous sommes d’emblée séduit par la cohésion de ce trio, où la parfaite entente entre les musiciens est optimale. Une interaction télépathique et organique innerve les huit morceaux du disque, où chacun est à l’écoute de l’autre et rebondit parfaitement bien aux diverses propositions de Mamiko Watanabe. Nos trois musiciens instaurent une conversation musicale à base de dialogues triangulaires tout à fait réjouissante.
Nous rentrons de plain-pied dans l’album par le titre éponyme : Being Guided By The Light, où Mamiko est guidée par une lumière divine, véritable source d’inspiration pour cette superbe composition, fort bien construite, où se dégage un toucher de piano élégant et délicat et un constant dialogue d’écoute mutuelle entre le piano et la contrebasse.
Avec Pas de Trois (composé par John Hicks), on songe à l’univers du grand pianiste américain McCoy Tyner, à qui Mamiko Watanabe est souvent comparée. La main gauche de la pianiste est solide et la main droite développe un beau lyrisme expressif autour d’une mélodie chantante. Une fois de plus, le jeu de contrebasse de Santi Debriano est en parfaite osmose avec le toucher de piano, et la batterie fort élégante et réceptive de Billy Hart, n’est pas en reste pour cette belle et passionnante conversation entre trois musiciens d’exception.
Nous connaissons un nombre important de très belles versions du fameux The Peacocks de Jimmy Rowles - à commencer par celle du trio de Bill Evans en 1977 - mais celle du trio de Mamiko Watanabe apporte une saveur supplémentaire et touche au sublime, avec son rythme particulièrement lent, son atmosphère aérienne et son toucher de piano pur et cristallin. La musique laisse de l’espace au silence et scintille de mille facettes comme un diamant pur à la lumière sensuelle d’une pleine lune.
Avec The Scene Is Clean de Tadd Dameron, on change d’ambiance et de tempo, pour un climat enlevé au swing irrésistible qui pétille comme du champagne. Les trois musiciens, en parfaite harmonie, entremêlent leur talent autour d’une réjouissante osmose musicale.
Nouveau changement de climat, avec Atomic Space, une composition ambitieuse et assez étrange de Mamiko Watanabe, qui laisse une large place à l’improvisation, à l’échange et à la liberté. Du jazz moderne, dingue et singulier, mais fortement puissant et excitant.
Sur la composition Nigeria de Santi Debriano, le piano chante et swingue, en étant superbement accompagné par une contrebasse et une batterie en perpétuelle effervescence. On songe de nouveau aux couleurs orchestrales du jeu de McCoy Tyner.
Une fois n’est pas coutume, avec My Grand Father’s Clock, nous remontons le temps jusqu’au XIX éme siècle, autour d’une mélodie tirée d’une chanson folk traditionnelle d’Henry Clay Work, où petit à petit, Mamiko s’éloigne du sujet afin de développer un jeu de piano complexe et prégnant, tout à fait impressionnant.
Avec Island Birdie, retour aux fondamentaux, avec une composition de McCoy Tyner de 1982, aux couleurs caribéennes fort colorées, qui conclut ce remarquable album dans la joie festive et la danse.
Lionel Eskenazi.

