CD : Hugo Diaz Quartet  « Confluences »

3 mai 2024

HUGO DIAZ QUARTET « CONFLUENCES »  (Horizon Violet)

 

Hugo Diaz est un jeune saxophoniste franc-comtois installé à Strasbourg, qui maitrise avec brio plusieurs styles de musique. Son premier album « Confluences » développe à travers dix compositions organiques, un univers riche et singulier, empreint d’un grand lyrisme et d’une forte expressivité.

Le point de vue formel est passionnant, il propose de saisissants contrastes de timbres, des variations de textures sonores et de nombreux changements rythmiques. Le flux musical se déploie avec vigueur et finesse autour de la remarquable interaction d’un quartette soudé, composé par le pianiste Alexandre Cahen, le contrebassiste Vladimir Torres et le batteur Louis Cahen.

Une musique qui utilise à merveille la dimension orchestrale du quartette, où chaque musicien a beaucoup d’espace pour s’exprimer librement et où l’auditeur a l’agréable impression d’entendre un concert live plutôt qu’un enregistrement en studio. S’exprimant exclusivement au saxophone soprano, Hugo Diaz produit un son foisonnant d’une grande richesse. Son goût pour la mélodie transforme son jeu en un chant profond et prégnant, porteur d’une belle narration poétique qui suscite de fortes sensations.

Les dix titres de cet album s’enchaînent à merveille et nous racontent, avec beaucoup d’émotion, de bien belles histoires, dont le fil conducteur serait un voyage au fil de l’eau entre fougue et langueur. Cette narration fluviale prend des chemins escarpés : tantôt fluide et tranquille, elle peut s’agiter, bouillonner et se brouiller, en se transformant en rapides et en cascades, puis redevenir calme et limpide.

 

Nourries à la fois par la musique classique française du XX ème siècle, par le jazz au sens le plus large et par les chansons pop, les compositions lyriques et mélodiques d’Hugo Diaz sont particulièrement riches et remarquablement bien construites.

Un éventail d’influences, où écriture et improvisation font bon ménage, à travers un double cursus (classique et jazz) qui lui a été enseigné par des professeurs aussi importants que Vincent David ou Jean-Marc Larché.

Cette convergence de point de vue - à partir de courants esthétiques différents - est l’exacte définition du mot « confluence » qui évoque tout ce qu’Hugo Diaz a assimilé au cours de ses années d’apprentissage, sachant aussi que « confluence » est le point de rencontre entre deux cours d’eau.

En naviguant dans une pirogue, en nageant au contact de l’eau, ou bien en pêchant au bord d’une rivière, laissons nous porter par les différents courants de ce cour d’eau chantant et multiforme, qui change au gré du vent, des rythmes et des harmonies, les oreilles aux aguets et les sens en ébullition, pour notre plus grand plaisir.

 

L’album s’ouvre sur la belle mélodie de Le Choral de l’Omble, qui par ses contrastes saisissants et son grand lyrisme est très représentatif de l’ensemble de l’album. Un morceau qui évoque la pêche à la mouche de l’omble qu’Hugo pratiquait enfant avec son grand-père et où musicalement il se réfère à des chants liturgiques.

 

Le titre éponyme de l’album – Confluences – est construit en deux parties qui s’enchaînent autour d’une suite instrumentale ambitieuse avec plusieurs changements de climat. Après un début apaisé et chantant, le rythme change et la musique se déploie autour d’un puissant solo de saxophone à l’ambiance Coltranienne, puis c’est la batterie de Louis Cahen qui dirige le bateau et se développe au fil du courant jusqu’à la reprise du thème.

 

My Own Folklore est une composition du pianiste Alexandre Cahen, portée par la belle et lente mélodie d’une berceuse qu’il a dédiée à sa fille lors de sa naissance.

 

Avec Aïgo - qui veut dire eau en provençal - Hugo Diaz quitte momentanément les paysages de l’est de la France pour la Provence qu’il a souvent visitée en vacances lorsqu’il était enfant. Il y a un côté sensoriel, joyeux et nostalgique dans cette composition qui évoque les congés d’été. Au milieu du morceau, la contrebasse et la batterie s’effacent pour laisser la place à un beau duo mélodique entre le saxophone et le piano.

 

Model Trains est la reprise instrumentale d’une très belle chanson pop du chanteur américain Gabriel Kahane qui date de 2018. Un morceau au format d’une chanson (3’30) sans grand développement musical,  joué en duo piano-saxophone.

 

Avec Aller et Retour aux Sources, Hugo Diaz évoque ses nombreux trajets entre la Franche Comté, l’Alsace et la région parisienne, avec comme point d’ancrage les sources primordiales de la Franche-Comté. Pas de changement de rythme sur ce titre, joué en cinq temps de bout en bout  et où son soprano virevolte avec aisance sur un courant vivifiant et régénérant.

 

Sonar est influencé par la musique classique du début du XX ème siècle. Il s’agit d’un morceau mouvant à la fois lumineux et sombre avec de nombreux changements de rythme : du 6/8 au 5/8 pour finir en ternaire sur un air de valse !

 

La réaction chimique de l’Electrolyse due à une activité électrique est très bien imagée dans ce morceau avec l’utilisation d’effets électroniques sur le saxophone. Une sonorité différente, mais toujours portée par un sens aigu du lyrisme.

 

L’album se termine avec Miroir d’Eau, morceau impressionniste doux et voluptueux, qui évoque la pièce d’eau bordelaise qui reflète la place de la Bourse et les quais de la Garonne.

 

Lionel Eskenazi.