CD : HUGO DIAZ « Home to Home »
2 sept. 2026

HUGO DIAZ : « Home to Home » (L’Horizon Violet)
Après la publication de « Confluences » en 2024 chez Horizon Violet - enregistré pour un quartet instrumental - le saxophoniste et compositeur Hugo Diaz, nous propose un deuxième opus sur le même label, dans un registre différent, puisque s’il y a toujours un quartet (saxophone, piano, basse, batterie), s’y ajoute la voix expressive, pleine de grâce et de poésie de Lou Rivaille, autour de texte écrits en anglais par Hugo Diaz lui-même. Si l’auteur a choisi l’anglais, c’est parce qu’il a beaucoup écouté de pop anglophone dans sa jeunesse, mais c’est aussi par pudeur, car il se dévoile beaucoup dans ses chansons.
Il s’agit d’un album de chansons interprétées par des musiciens de jazz et écrites par Hugo Diaz, avec beaucoup de liberté et de sincérité, sans faire aucun compromis, et en ayant une idée très précise du son d’ensemble et du casting des musiciens, puisqu’il a écrit la musique en pensant spécialement à eux, alors qu’il n’avait jamais collaboré avec eux auparavant !
C’est en écoutant l’album « Rewind » et en ayant assisté à son concert au Théâtre antique de Vienne, qu’Hugo Diaz a eu envie de travailler avec la chanteuse Lou Rivaille. De la même façon, il a été sensible au jeu de piano hors-norme de Nathan Mollet, très demandé sur le scène du jazz hexagonal. Il a été séduit également par la basse électrique, fluide et élégante de Julia Richard, qui chante également dans les chœurs, et par la polyrythmie inventive du batteur Elie Martin-Charrière.
Après seulement quelques sessions de répétition, une alchimie
naturelle s’est créée au sein du groupe, bien au-delà de la
musique. Une dimension humaine qui a joué un rôle essentiel dans la construction et l’identité de ce projet. Des musiciens qui servent avec bonheur l’écriture en y ajoutant leur expressivité et une très belle justesse dans le propos.
L’un des points de départ fût pour Hugo Diaz de relever le défi d’écrire pour la voix, aussi bien en terme de musique qu’en terme de paroles, et de pousser plus loin le travail sur le lyrisme qu’il avait commencé à développer en tant que saxophoniste sur son premier album. Il crée ainsi un véritable dialogue entre la voix et le saxophone soprano, avec l’envie de marier ces deux timbres et d’explorer leur complémentarité autour d’une écriture le plus souvent contrapuntique.
« Home to Home » est un album qui ressemble à son auteur dans son éclectisme musical, en réunissant musique classique, jazz, et chanson pop. Il s’agit d’un projet qui parle de l'enfance, des racines, du sentiment d'appartenance et des attaches familiales.
L’image de l’oiseau occupe une place importante dans ces chansons qui renvoie à la migration et au mouvement permanent, mais aussi à l’émancipation, l’envol et la confiance qui se construit progressivement.
Le fait d’intituler son album « Home to Home » signifie pour Hugo Diaz l’éloignement de ses racines familiales afin de trouver sa propre voie et son identité artistique, mais ce qui est intéressant, c’est que ce mouvement d’éloignement s’accompagne inévitablement d’un retour vers ses racines afin de continuer à avancer. Il s’agit d’un double mouvement qui s’inscrit dans le besoin de s’élancer, mais également dans celui de retrouver un ancrage.
Introduit par un beau dialogue entre le piano et le saxophone soprano, Inexorable Nostalgia installe un beau climat de musique de chambre, où la mélodie prime. Une mélodie dont Lou Rivaille s’empare avec beaucoup de conviction et de lyrisme et où le saxophone d’Hugo déploie ses ailes et s’envole vers le ciel. La chanson évoque son enfance, ses parents et un inévitable sentiment de nostalgie qui en découle.
Sur My Voice, qui évoque la recherche d’une voix intérieure à travers une direction précise (c’est à dire trouver sa voie), on perçoit bien l’écriture en contrepoint d’Hugo Diaz entre la voix et le saxophone. Un soprano qui une nouvelle fois va s’envoler lors d’un beau chorus, puis intervient une formidable interaction entre le chant de Lou Rivaille et la batterie d’Elie Martin-Charrière.
Avec Eleven Questions, on plonge dans une ambiance pop un peu expérimentale, qui nous fait songer aux mélodies obsédantes et répétitives de Laurie Anderson. Onze questions avec des doutes, et une confiance qui va s’installer et trouver des réponses avec un solo de saxophone soprano très inspiré d’Hugo Diaz.
Des souvenirs de dessins d’enfance sont évoqués dans Drawn Memory autour d’une belle mélodie, empreinte de nostalgie. Une chanson qui permet à Lou Rivaille d’improviser un fascinant scat de la plus belle des manières.
Au milieu de l’album, se trouve une courte ponctuation musicale intitulée Contrabasis, sous la forme d’un savoureux duo entre Lou Rivaille et Hugo Diaz.
Couperin’s Run est un morceau instrumental, sous forme de clin d’œil au parcours de musicien classique d’Hugo Diaz. Le morceau fait référence à une œuvre où Maurice Ravel rendait hommage à Couperin . C’est une manière d’assumer l’influence durable que la musique classique continue d’exercer sur son écriture. On y entend un fort beau dialogue entre le saxophone et le piano.
La très belle et poétique chanson The Leaf and the World repose sur l’image d’une feuille qui se détache de l’arbre et tombe progressivement. Cette métaphore traverse le morceau et évoque un mouvement de transformation et de bascule, à la fois fragile et
inévitable. À partir de cette image, la morceau propose une
réflexion plus large sur notre époque, traversée par des
tensions, des déséquilibres et une impression de
fragilité collective. On peut y entendre une formidable interaction entre le saxophone soprano d’Hugo Diaz et les vocalises d’un grand lyrisme de Lou Rivaille, suivi d’un magistral solo de piano de Nathan Mollet.
Avec le titre éponyme Home to Home, Hugo Diaz utilise la métaphore de l’oiseau qui s’aventure, puis revient sur son territoire. Une chanson pleine d’espoir et confiance.
Apologize est une reprise instrumentale d’une chanson du groupe américain « One Republic » qui date de 2007, qu’Hugo écoutait dans sa jeunesse. Il y a dans ce morceau un lien personnel à l’esthétique pop, comme un clin d’œil à son adolescence et à des écoutes qui ont participé à construire son rapport à la musique et qui continuent aujourd’hui d’influencer sa manière de la concevoir.

