CD : Henrik Andre « Stormy Ride»
10 nov. 2023

HENRIK ANDRE : « STORMY RIDE » (Tinker Label)
Le violoniste et compositeur Henrik André est diplômé du conservatoire de Nancy, puis il a traversé la France d’Est en Ouest pour s’établir à Nantes. Agé de 36 ans, il est très actif sur la scène du jazz français en ayant fait partie de plusieurs groupes de jazz manouche (il a joué notamment avec Gwen Cahue, Tchavolo Schmitt et Sébastien Giniaux), puis il a enregistré avec le groupe « West Hot Club ». Il a ensuite monté son propre quartette (avec Gaëtan Nicot, Simon Mary et Franck Thomelet) avec un E.P autour de standards. Après un album en co-leader ave le guitariste brésilien Victor Garbelotto, un disque avec le trio Various Tones, un projet scénique autour de la musique de Bill Evans et des musiques de films, il signe « Stormy Ride », un premier album de compositions originales sous son nom, sur le label nantais « Tinker Label ».
Pour ce dernier projet, Henrik André a monté un quintette singulier où autour d’un trio piano, contrebasse, batterie, les deux principaux instruments solistes sont la flûte et le violon, dont les sonorités se marient fort bien.
Des mélodies chantantes, légères et aériennes, bâties sur un socle rythmique solide et plein de groove, ancré dans les racines de la terre. Au final, une musique joyeuse et sensible avec des mélodies prégnantes que l’on retient facilement autour d’un univers musical très ouvert qui oscille entre le jazz, le groove, les musiques latines, et les musiques festives des pays de l’est. Une ambiance musicale qui varie avec talent différents climats en proposant un voyage lumineux ou orageux suivant les cas.
Un groupe cohérent et soudé, où les compositions fort bien construites d’Henrik André n’en demeurent pas moins ouvertes, en faisant appel à la créativité de chacun des musiciens. On trouve dans ce groupe Rémy Hervo, un ami proche d’Henrik qui a joué avec lui dans plusieurs formations - aussi bien de la guitare que de la contrebasse - et que l’on trouve ici exclusivement à la basse électrique, où il est particulièrement époustouflant, aussi bien dans ses solides lignes de basse que dans ses chorus flamboyants. Arthur Tanguy est le flûtiste du groupe, c’est un jeune musicien très ouvert sur les musiques du monde, qu’elles soient latines, balkaniques ou orientales (il a notamment étudié le ney et le kaval). La pianiste Irina Leach (qui joue aussi avec Henrik dans le projet « For Bill » autour de la musique de Bill Evans) a un rôle mélodique, harmonique et rythmique prépondérant, où son imagination créative est largement sollicitée car elle développe de pertinents solos de piano sur tous les titres. L’aîné du groupe est le batteur Guillaume Dommartin (qui réalise aussi de fort belles guitares en tant que luthier) au jeu souple et solide, aussi performant dans le groove, que sensible dans les ballades. Enfin pour ce projet, Henrik André a voulu mettre de côté son violon acoustique pour privilégier l’usage d’un superbe violon électrique à cinq cordes (la corde supplémentaire joue dans le registre grave) qui lui permet de couvrir une large tessiture entre violon et alto pour un accompagnement plus soutenu, pour des solos plus amples, et pour des envolées lyriques de haut vol, autour d’un son droit et inspiré sans utiliser d’effets particuliers.
Dès Stormy Ride, titre éponyme de l’album, nous sommes plongés dans une ambiance musicale joyeuse et entraînante qui nous fait un peu songer à une musique de film proche des ambiances de Lalo Schiffrin, avec des clins d’œil vers le reggae au milieu du solo de flûte.
Sunside Groove porte ce titre car ce morceau a vu le jour sur la scène du célèbre club parisien : Le Sunside. On apprécie particulièrement sa force mélodique, le violon chantant d’Henrik et l’impressionnant phrasé d’Arthur Tanguy pendant le solo de flûte.
Electric Mood est un morceau à l’humeur changeante, où l’ambiance et le tempo varient. On y entend beaucoup de lyrisme dans le solo de violon, puis une folie klezmer dans le solo de flûte. A la fin, Il y a une belle montée en puissance dominée parla batterie de Guillaume Dommartin.
Contrairement à son titre, Incohérence nous paraît très cohérent et construit, malgré son thème saccadé plutôt singulier.
Avec La Cubazka et sa mélodie enlevée et vive, le quintette d’Henrik André réussit un mix parfait entre salsa et musique klezmer avec un petit clin d’œil à l’univers musical de Julien Lourau.
On voyage avec beaucoup de sensibilité en Andalousie sur les terres du flamenco avec La Llegada, dont le titre suggère aussi l’arrivée du fils d’Henrik lorsque sa femme était enceinte.
Art Mineur fait référence à une phrase célèbre de Gainsbourg et s’avère être un morceau entraînant au groove élégant avec une belle mélodie que l’on a envie de chanter !
Sur Urban Jungle, le piano s’électrise et tout le monde s’exprime pleinement autour d’une composition ouverte, où groove et musique des pays de l’est font bon ménage.

