CD : Baiju Bhatt &Red Sun : « Eastern Sonata »

14 déc. 2018

Baiju Bhatt &Red Sun : « Eastern Sonata » (Label QFTF)

 

Un pied en orient (son père est un grand sitariste indien), et un pied en occident (sa mère est suisse), le violoniste Baiju Bhatt réalise avec son deuxième album« Eastern Sonata », un métissage réussi entre les musiques orientales et occidentales, entre jazz-rock et musique indienne, un peu comme si John McLaughlin avait mélangé au mixage les musiques du Mahavishnu Orchestra et de Shakti !

Une musique à la fois sophistiquée, énergique, et romantique. A travers ses compositions, Baiju Bhatt réussit l’exploit de construire un métissage musical exemplaire, sincère, et profond, qui lui ressemble. Son jeu de violon virtuose, appris dès l’âge de six ans à travers de brillantes études musicales au conservatoire de Lausanne (puis perfectionné auprès de grands maîtres comme Jean-Luc Ponty et Didier Lockwood) est toujours au service de la mélodie et du chant, ainsi que du rythme, et de l’énergie de la danse. Un jeu fougueux au placement rythmique exemplaire, qui sait aussi devenir romantique et aérien. Mélodies, harmonies, et rythmes, tissent une musique à la fois exigeante et ludique aux couleurs vives et aux parfums enivrants.

Baiju Bhattest entouré du groupe idéal « Red Sun » qui a su au fil des ans construire une identité sonore unique tout à fait reconnaissable. Un groupe alchimique où les différentes sonorités de chacun se fondent dans une parfaite harmonie, doublé d’une interaction idéale, où chaque musicien est à l’écoute des uns et des autres, toujours prêts à rebondir à toutes les propositions qui suivent la ligne directrice des compositions. On appréciera notamment l’exposé des thèmes joué à l’unisson entre le violon de Baiju Bhattet le saxophone de Valentin Conus (l’association de ces deux instruments à l’unisson est très rare et très difficile à obtenir). Le jeu élégant et énergique du français David Tixieraux différents claviers se conjugue parfaitement bien avec la basse souple et vive de Blaise Hommage, ainsi qu’avec le jeu de batterie à la fois fin et fougueux du batteur suisse Cyril Regamey.

Pour cet album riche et coloré, digne d’un film tourné en cinémascope, Baiju Bhatta convoqué des invités de marque, à commencer par le percussionniste Prabbu Edouard, grand spécialiste des tablas, présents sur plusieurs titres. On trouve aussi la guitare de NguyênLê propulsé dans un chorus sidérant de précision et de folie sur le titreThe JoyfulWarrior. Sa présence est plus que symbolique, car il représente parfaitement bien le mélange du jazz d’aujourd’hui et des musiques traditionnelles orientales, ce qui correspond exactement à l’idée motrice du projet de Baiju Bhatt (précisons que NguyênLê a également assuré le mixage et contribué à la direction artistique de l’album).

L’oudisteAmine M’Raihi joue un rôle essentiel sur Cosmopolisoù la musique traditionnelle tunisienne se marie parfaitement bien aux rythmes indiens des tablas, tandis que la flûte de Jay Ghandi, comme un tapis volant, survole avec élégance le paysage sonore deUpperWelhschside.

Toutes les compositions sont signées de Baiju Bhatt, à l’exception de Land Of Wonders, signée par le saxophoniste Valentin Conus, Whirpool, très belle reprise d’un morceau de John Taylor et Ong Or LittleShai, composé par le papa Pandit Krishna M.Bhatt,que l’on peut entendre au sitar.

 

L’album s’ouvre avec Pari Shokogun, beau thème dansant un peu tzigane, qui nous place tout de suite dans l’énergie du groupe, au cœur de leur sonorité, énorme et singulière. On y entend deux remarquables solos qui s’enchaînent (violon, puis saxophone).

Avec le funky et dansant Kintjukuroiet son thème romantique joué à l’unisson par le violon et le saxophone, la fusion orient-occident s’opère avec le jeu fougueux de Prabbu Edouard au tabla. Après un solo de violon à l’archet, Baiju Bhatt continue son chorus en pizzi avec des effets où l’on a parfois l’impression d’entendre du steel-drum.

Le thème de The JoyfulWarrior est également exposé avec le violon et le saxophone à l’unisson. On y entend un surprenant solo de basse joué sur des nappes planantes, les tablas de Prabbu Edouard sont également présents. Prabbu qui retrouve son ami et complice NguyênLê, impérial,dans un solo particulièrement majestueux.

Le thème de Cosmopolis est vif et dansant, il est structuré sur une grosse assise rythmique. Les cinq instruments du quintette sont rejoints par l’oud d’Amine M’Raihiet les tablas. Le jeu du oud nous fait penser par moments au sitar et l’association avec les tablas à de la musique indienne pur jus ! A signaler aussi un beau solo de piano.

Le titre éponyme EasternSonataest effectivement écrit sous la forme d’une sonate piano-violon, lente et romantique, toute droite venue des territoires de l’est….

Ode To The White Apeest une composition dansante écrite spécialement pour Valentin Conus qui évoque parfois le folklore irlandais avec des ornementations au goût bulgare.

Les tablas de Prabbu Edouard et la flûte de Jay Ghandi survolent UpperWelhschside pour un résultat musical à forte connotation indienne.

La belle mélodie envoûtante d’Opiumnous emmène loin, après un très beau solo de piano, les musiciens du quintette poursuivent le morceau dans Land Of Wondersoù se distingue le saxophone de Valentin Conus, enchaîné avec la très belle relecture de Whirpool signé par le regretté John Taylor.

Enfin pour conclure l’album, Baiju Bhatt joue une composition de son père Ong Or LittleShaiqu’il convoque au sitar pour l’occasion à ses côtés. Il s’agit d’un morceau typiquement indien où père et fils communiquent avec amour à travers leurs instruments sous l’impulsion du jeu de tabla de Prabbu Edouard.

Avec « EasternSonata », premier album en studio de Baiju Bhatt &Red Sun (après un enregistrementen publicintitulé « Alive In Lausanne » en 2016), nous sommes séduits par la grande maturité musicale de ces musiciens et par l’originalité du propos qui efface les frontières et mixe les cultures dans un grand feu d’artifice multicolore, impressionnant et harmonieux.