CD : ASAF YURIA « In Light of a New Moon »
2 sept. 2026

ASAF YURIA : « In Light of a New Moon » (Jojo Records)
Le saxophoniste Asaf Yuria, basé à New-York, ne fait pas partie de ces musiciens qui reproduisent deux fois le même disque. Il y a cinq ans, il publiait le remarquable « Exorcisms » sur le label Jojo Records, où il était entouré d’un sextet de musiciens new-yorkais peu connus en Europe. Un album conçu autour d’un répertoire de compositions originales. Aujourd’hui, pour « In Light of a New Moon », Asaf Yuria a réuni un quartet de musiciens célèbres en privilégiant un répertoire de reprises, enregistrées au Studio Van Gelder à Englewood Cliffs.
Parmi ces formidables musiciens, on trouve le pianiste George Cables et le batteur Billy Hart - qui ont été ses professeurs et qui sont toujours en grande forme malgré leurs âges - ainsi que l’excellent contrebassiste Omer Avital et le trompettiste Joe Magnarelli (invité sur deux titres).
Ce qui n’a pas changé, c’est l’amour profond qu’Asaf Yuria porte au mouvement hard bop, une musique qui utilise les bases d’improvisation du bebop dans une forme plus ludique et très énergique, qui s'inspire du blues, du rhythm & blues et du gospel.
Un style musical porté par Horace Silver, Art Blakey & les Jazz Messengers ou Clifford Brown, ainsi que par de grands saxophonistes ténors qui ont inspiré Asaf Yuria : Sonny Rollins, John Coltrane, Benny Golson, Hank Mobley, Harold Land…
Une musique qu’Asaf Yuria a adoptée et qu’il a fait sienne, en prenant beaucoup de plaisir à la jouer et à l’approfondir, autour de ce nouveau répertoire, où il ne propose qu’une seule composition originale (Praise of Shadows), mais qui s’inscrit pleinement dans le courant hard bop, avec l’adjonction du trompettiste Joe Magnarelli. L’unique véritable standard que l’on trouve sur cet album est la superbe ballade : Polka Dots and Moonbeams, on trouve aussi une très belle relecture du Con Alma de Dizzy Gillespie et une reprise époustouflante d’un morceau emblématique du hard bop (Hipsippy Blues). L’accent est surtout mis sur des relectures de morceaux de John Hicks (After The Morning) ou de George Cables (Circle et EVC).
Enfin, rappelons qu’il s’agit de la troisième participation d’Asaf Yuria sur le label Jojo Records puisqu’il avait collaboré à l’album « Pee Wee » de Simon Belelty en 2022.
After The Morning est un morceau composé en 1979 par le pianiste John Hicks, à l’origine pour piano solo. Asaf Yuria a effectué un remarquable travail d’arrangement pour son quartet afin de mettre en valeur cette très belle mélodie entêtante autour d’un tempo médium, qu’il joue très souvent en concert depuis ses débuts.
Le saxophoniste Hank Mobley a signé la composition Hipsippy Bluesen 1959 pour les Jazz Messengers d’Art Blakey, dont il faisait partie à cette époque. Il s’agit d’un morceau typique du mouvement hard bop, joué ici en quintet avec le trompettiste Joe Magnarelli.
Polka Dots and Moonbeams est un célèbre standard de Jimmy Van Heusen, créé par l’orchestre de Tommy Dorsey avec Frank Sinatra en 1940. Tous les grands vocalistes du jazz (hommes ou femmes) ont repris cette superbe ballade, ainsi que beaucoup d’instrumentistes comme Lester Young, Bill Evans, Stan Getz ou Paul Desmond avec Jim Hall. La version qu’en donne le quartet de d’Asaf Yuria est particulièrement sensuelle et émouvante.
C’est George Cables (aujourd’hui âgé de 81 ans) qui a composé Circle. Un morceau enregistré en 1979 en quartet avec le flûtiste Joe Farrell. Asaf Yuria a eu l’excellente idée de demander au pianiste de réinterpréter ce morceau pour le quartet dans une version bossa réjouissante, plus rapide, plus enjouée, et magnifiquement ensoleillée.
Praise of Shadowsest l’unique composition d’Asaf Yuria pour cet album, autour d’un univers musical imprégné par le hard bop, où il convoque le trompettiste Joe Magnarelli autour d’un quintet particulièrement explosif.
George Cables est à nouveau à l’honneur avec sa composition EVC , publiée à l’origine en 2003 pour un quartet avec le saxophoniste Gary Bartz. La version qu’en donne le quartet d’Asaf Yuria est très fidèle à l’original. C’est un morceau qu’Asaf affectionne particulièrement et qu’il a découvert il y a une vingtaine d’années, à l’époque où le compositeur du morceau était son professeur.
Con Almaest une composition célèbre de Dizzy Gillespie de 1954, jouée ici dans une version intimiste en duo saxophone-piano. Une très belle façon de conclure cet album dans un dialogue musical interactif intense qui est la définition même du jazz.
Lionel Eskenazi.

