CD : Amos Hoffman « Minor Operation »

25 oct. 2024

AMOS HOFFMAN « Minor Operation » (Jojo Records)

 

Les guitaristes sont toujours les bienvenus sur le label Jojo Records, dirigé par Simon Belelty, lui-même un excellent guitariste. Après l’album « Standards » de Yotam Silberstein, publié fin février, voici celui de son compatriote Amos Hoffman. Ce qui rapproche ces deux guitaristes israéliens, c’est avant tout leur sonorité de guitare, portée par un son clair et pur, sans artifice, ni effets, leur amour commun des standards de jazz, ainsi que leur expatriation professionnelle aux Etats-Unis. Ce qui les différencie, c’est qu’Amos Hoffman est aussi un virtuose du oud et que son jazz aime s’entremêler de saveurs orientales qui lui sont particulièrement chères. C’est d’ailleurs auprès du contrebassiste Avishai Cohen que nous l’avons découvert en 1998 sur l’album « Adama ». A partir de 1999, il enregistre son premier disque en leader « The Dreamer », qui sera suivi de quatre autres albums. Le dernier en date étant « Back To The City », publié en 2015 avec la présence du contrebassiste Omer Avital et du saxophoniste Asaf Yuria (un habitué du label Jojo Records).

Neuf ans après « Back To The City », nous sommes heureux de vous présenter : « Minor Operation », le sixième album d’Amos Hoffman au sein d’un formidable trio où l’on trouve le contrebassiste Santi Debriano (autre membre de la famille Jojo Records) et une légende de la batterie en la personne de l’aîné Lenny White (il est né en 1949). Amos Hoffman laisse beaucoup d’espace au talent mélodique de Santi Debriano à travers de superbes chorus sur la plupart des titres, tandis que Lenny White développe un jeu sobre et fin (à l’exact opposé de ses folles années de jazz fusion au sein de Return to Forever). Les trois musiciens s’entendent à merveille et forment un groupe soudé, où la musique se développe avec une grande fluidité, autour d’un swing délicat et élégant. Les huit titres du disque, traités avec beaucoup de finesse et de sensibilité, s’enchaînent parfaitement et s’articulent de manière cohérente et homogène.

Le titre de l’album « Minor Operation » évoque une opération chirurgicale qu’a subie Amos Hoffman qu’il qualifie d’opération mineure. L’enregistrement et la production artistique de ce disque, parfaitement bien maîtrisés et porteur d’une esthétique musicale forte n’ont d’ailleurs rien d’une « opération mineure » !

L’album s’ouvre par Aunt Sharon, une belle ballade sentimentale composée par Amos Hoffman dédiée à sa tante. L’exposé du thème, suivi d’un chorus de guitare subtil et émouvant, s’achève par un solo de contrebasse particulièrement lyrique et sensible de Santi Debriano avant de revenir au thème initial.

Avec le titre éponyme Minor Operation, Amos Hoffman propose un morceau joyeux et positif, joué sur un tempo médium avec un remarquable solo de guitare interprété dans le style de Wes Montgomery, suivi de solos respectifs de Santi Debriano et de Lenny White. Voici un bel hymne à la pratique collective du jazz qui définit très bien l’album.

Hidden Garden permet à Amos Hoffman de s’exprimer au oud dans une ambiance orientale magique et surprenante. Le trio jazz s’adapte formidablement à cette musique traditionnelle et Lenny White nous étonne une fois de plus en adaptant son jeu de batterie à la manière des percussionnistes orientaux.

Après trois compositions successives d’Amos Hoffman, voici venu le moment pour le trio de s’attaquer aux standards, avec tout d’abord le subtil et mélancolique All Alone d’Irving Berlin, où Lenny White s’exprime uniquement sur les cymbales, suivi du swing léger d’I Should Care, où chaque musicien s’exprime pleinement, Amos Hoffman rendant une fois de plus un superbe hommage à Wes Montgomery.

Retour aux compositions d’Amos Hoffman, au oud, et à la musique orientale, avec The Three Of Us qui relate parfaitement bien l’union fusionnelle du trio.

Sur A Day In Mardin, Amos utilise le re-recording afin de mêler intimement son oud et sa guitare autour d’un thème oriental agréable, festif et entêtant. Une belle évocation de la ville de Mardin située en Turquie orientale, qui permet à nos trois compères d’occuper chacun un bel espace d’expression.

Enfin, l’album se termine sur une composition d’Amos Hoffman au titre énigmatique : T.L.I.S.C qui veut dire « Too Long In South Carolina » où il aborde sa vie à Columbia - dans le sud des Etats-Unis - où l est installé depuis neuf ans. Des années loin de New-York, qui lui paraissent longues, mais lui inspirent un grand moment de jazz au tempo enlevé, idéal pour clore ce superbe album.

Lionel Eskenazi