CD : Adrien Brandeis « Résurgence »

1 mai 2024

COMMUNIQUE DE PRESSE

ADRIEN BRANDEIS : « RESURGENCE »      

         (Mantodea Music Productions)             

 

C’est avec son deuxième album « Meetings » (2020) que nous avons découvert le talent du jeune pianiste et compositeur français Adrien Brandeis, auteur d’un univers musical afro-cubain particulièrement bouillonnant. Deux ans plus tard, on le retrouve au Mexique - à Monterrey - au sein d’un quartette volcanique avec un contrebassiste brésilien, un batteur mexicain et un percussionniste cubain, pour enregistrer le superbe « Siempre Más Allá » (2022). Avec cet album, il est notamment récompensé du Grand Prix UNAC Nouveau Talent Jazz 2022 (Union Nationale des Artistes Compositeurs de France). Après cette expérience fructifiante, il revient s’installer en France début 2024 et monte un groupe avec le batteur guadeloupéen Arnaud Dolmen (présent sur « Meetings »), augmenté du contrebassiste cubain (et parisien) Felipe Cabrera et de deux de ses compatriotes aux percussions : Abraham Mansfarroll ou  Yaroldy Abreu (suivant les titres). Un quartette qui, au fil des morceaux, se décline en plusieurs formules instrumentales (duo piano-percussion, trio piano-basse-batterie, ou quintette avec les deux percussionnistes).

C’est avec cette nouvelle formation qu’Adrien resurgit dans l’hexagone, afin d’enregistrer à Meudon, six mois après son retour, son quatrième album : « Résurgence » Un disque-bilan, qui nous sidère par sa maturité musicale, son ampleur, son intensité, et sa diversité. Un projet servi par des compositions profondes et exigeantes, interprétées avec une expressivité musicale réjouissante pour un feu d’artifices de rythmes (cha-cha-cha, guaguancó, merengue, samba…), porté par des mélodies prégnantes et une grande richesse harmonique. C’est Adrien Brandeis lui-même qui produit ce disque sur son propre label : Mantodea Music Productions, en référence au titre du premier morceau de l’album « Meetings » qui s’intitulait justement « Mantodea », ce qui signifie : mante religieuse !

Cette « Résurgence » signifie clairement pour Adrien Brandeis son départ du Mexique, concrétisé par son retour en France, avec dans ses bagages treize compositions gorgées de latin jazz afro-cubain, mais aussi des pincées de funk (Keep On Grooving et Illusion), de swing (Just In Time), de morceaux lents (L’Instant) et des moments de pure poésie impressionniste avec deux titres joués en piano solo (Pôr Do Sol et Nayeli).  Un disque riche et dense, avec des nouveaux morceaux complexes sur des tempos très enlevés (Aguas Profundas et Samba Para Un Sol), mais aussi d’anciennes compositions qui dormaient dans des tiroirs qu’Adrien a ressuscitées en leur donnant enfin vie (Au Fil du Temps et Keep On Grooving). Avec le ludique Cha-Cha Blue, qui ouvre l’album, la rythmique afro-cubaine est portée par une belle mélodie autour d’une grille harmonique de blues, ce qui n’exclut pas une part de mystère distillée dans la partie B du morceau. Après une introduction plutôt lente, inspirée par une suite Ellingtonnienne, un groove latino prégnant se diffuse tout au long de Keep On Grooving, autour d’une rythmique funky portée par la contrebasse et la batterie. L’énergique Air de Fête afro-cubain qui suit, n’est pas exempt d’un certain lyrisme avec son très beau chorus de piano et son fabuleux solo de percussions (autour d’un obsédant ostinato au piano).

Les Eaux profondes évoquées dans Aguas Profundas amènent un côté ténébreux à cette composition, boostée par un tempo très rapide et un pertinent dialogue entre le piano et les percussions On y entend deux citations de morceaux d’un groupe de rock cher à Adrien : Deep Purple (Pictures of Home et Burn). Après quatre titres intenses, le piano solo apaisant d’Adrien Brandeis est le bienvenu sur Pôr Do Sol avec son beau toucher inspiré de Chick Corea. Adrien aime se produire en solo, où dans ce contexte, il effectue une trentaine de dates par an et n’exclut pas un jour d’y consacrer un album. Ce morceau rend hommage à la ville de Lisbonne et particulièrement à l’une des vues les plus spectaculaires sur la ville où l’on admire le coucher de soleil (Pôr Do Sol). Un endroit magique, où Adrien a eu l’occasion de jouer en piano solo. Illusion, est l’un de ses morceaux préférés, avec son intro qui ressemble à une valse, jusqu’à l’arrivée d’une clave de rumba, suivie de combinaisons rythmiques enivrantes qui donnent des ailes à son jeu de piano et à la batterie d’Arnaud Dolmen.

Zig Zag Road évoque une route qu’Adrien Brandeis a souvent empruntée pour se rendre au Ventnor Arts Club dans l’île de Wight, club dans lequel il se produit tous les ans au mois de juillet lors du Ventnor Fringe Festival.

On calme le jeu et on aborde l’interplay en trio avec L’Instant,  autour d’un style moderne et mélancolique, où l’âme de Chopin et des réminiscences du trio de Bill Evans ne sont pas très loin.

C’est le swing qui domine le rythme up tempo de Just In Time, une composition assez complexe où chaque musicien s’exprime pleinement. C’est le décalage temporel permanent des musiciens en tournée (où ils ont l’impression de courir toujours après le temps) qui a inspiré Adrien pour cette composition.

Dans Au Fil du Temps, le quartette se transforme en quintette, car les deux percussionnistes sont convoqués ensemble pour cette rumba cubaine élégante et sensuelle. Puis, un changement de rythme va propulser le jeu de piano d’Adrien Brandeis dans les hautes sphères.

Après avoir rendu hommage à Michel Camilo et Chick Corea dans ses albums précédents, Adrien Brandeis s’attaque cette fois-ci à McCoy Tyner dans Dear McCoy. Il met de côté l’aspect modal, Coltranien et puissant de McCoy Tyner, pour pointer du doigt la délicatesse et la finesse de son jeu.

Nayeli, beau thème en  piano solo, est un prélude, joué en rubato, qui introduit la furie brésilienne de Samba Para Un Sol. Un morceau qui constitue un excellent bouquet final du feu d’artifice permanent que procure l’écoute de cette « Résurgence ». Ce retour tant attendu d’Adrien Brandeis dans son pays natal, une France, à l’heure du changement climatique : caliente et latine !

Lionel Eskenazi.