Actualité : Tineke Postma, musicienne avant tout

1 juin 2008

L’ACTU

MUSICIENNE, AVANT TOUT

TINEKE POSTMA

 

La saxophoniste hollandaise n’a pas besoin de jouer de son charme pour qu’on l’apprécie. Elle nous séduit par sa musique, féminine et sensuelle, et par sa détermination à explorer un univers personnel.

 

C’est en recevant le prix « Révélation internationale de l’année » aux Victoires du Jazz 2006, que l’on découvre Tineke Postma en France. Ce soir là, cette jeune et jolie femme blonde interprète avec fougue et passion, une de ses compositions « For the Rhythm ». On remarque alors d’emblée sa maitrise du saxophone alto avec son sens de l’attaque, son swing naturel,  sa sensibilité et sa faculté à improviser. Deux ans plus tard, ce prix accompagné de son passage TV lui permet de voir son troisième album distribuer en France. «  A Journey That Matters » est un disque ambitieux où l’on sent une évolution et une maturité dans son jeu et dans ses compositions (elle signe huit des onze titres). Elle s’entoure pour l’occasion de la batteuse américaine Terri Lyne Carrington et utilise trois pianistes différents, suivant les couleurs musicales qu’elle veut apporter. Elle intègre sur quelques morceaux le guitariste italien Edoardo Righini (installé en Hollande et méconnu chez nous), qui s’exprime avec une très belle sonorité acoustique. Enfin, elle fait appel sur trois plages à un compatriote spécialiste d’arrangement et d’orchestration jazz : Johan Plomp. On retiendra surtout de son travail, la très subtile et féminine version de « Fleurettes Africaines » de Duke Ellington (avec cor, hautbois, flûte, clarinette et basson). Tineke Postma, saxophoniste surtout connue à l’alto (et admiratrice de Charlie Parker et Cannonball Adderley), s’est sérieusement mise au soprano, avec comme référence son héro Wayne Shorter. Sur ce projet c’est le soprano qui domine (six titres sur onze) et surtout elle l’utilise au service des compositions les plus originales (Short Conversations, A Journey That Matters) et les plus sensuelles (Bar Celta, Magic Two). Elle joue aussi du saxophone ténor, pour la première fois sur disque (The Experience), mais jamais sur scène, car il lui est difficile de transporter en tournée trois saxophones !

Bien qu’il lui arrive de jouer en trio sans piano (notamment avec le batteur Han Bennink), Tineke adore utiliser dans ses compositions des couleurs harmoniques originales, apportées par de talentueux pianistes. Pour son premier concert à Paris (c’était le 7 avril dernier au Duc des Lombards) elle a invité Bojan Z (qu’elle n’avait jamais rencontré mais dont elle apprécie le jeu), pour interpréter deux titres de A Journet that Matters. On aimerait que cette brève collaboration aboutisse un jour à un projet tant l’entente fût parfaite. Le jeu de Tineke est visiblement transcendé lorsqu’elle est accompagnée par les meilleurs. On attend donc beaucoup de son projet de quartette féminin avec trois grandes musiciennes américaines : la pianiste Gerri Allen, la contrebassiste Esperanza Spalding et la batteuse Terri Lyne Carrington.

Lionel Eskenazi

A CONSULTER : tinekepostma.com

A ECOUTER :  « A Journey That Matters » 2007, Foreign Media/Abeille Musique