Dossier "Les 85 ans de Blue Note"
1 juin 2024

Ma Relation avec Blue Note
J’ai 22 ans, déjà passionné de jazz (Miles Davis et John Coltrane), j’ai encore beaucoup de lacunes à combler. Ma fiancée de l’époque m’offre “Maiden Voyage” d’Herbie Hancock. Ce “voyage inaugural” sera ma première entrée dans l’univers Blue Note et quelle entrée ! A partir de cet album, j’ai croqué à pleine dents dans toutes les pépites de la “Note Bleue”, de Bud Powell à Don Cherry, en passant par Wayne Shorter et Grant Green, et j’ai admiré les pochettes de Reid Miles et le son de Rudy Van Gelder. LE

Sonny Rollins
A Night At The Village Vanguard
1957
1957 est une année importante pour l’explorateur Sonny Rollins qui inaugure la formule du trio sans piano. Jouer du jazz sans instrument harmonique, pas grand monde ne l’avait fait avant lui, mais rien n’est impossible pour le saxophoniste ténor numéro un de cette époque qui a une confiance absolue dans ses capacités. Chez Blue Note, on ne manque pas d’idées, comme celle d’enregistrer leur premier album live en déplaçant l’ingénieur du son Rudy Van Gelder au cœur du Village Vanguard. Le résultat est somptueux pour un album qui deviendra mythique avec ses six titres (quatre standards et deux compositions de Rollins) qui hissent l’imagination et l’interaction au pouvoir. La sonorité unique et le souffle puissant de Sonny sont formidablement portés par la contrebasse de Wilbur Ware et la batterie d’Elvin Jones. Un sommet du jazz moderne que Blue Note rééditera 30 ans plus tard sous une forme augmentée en deux CD. LE

Thelonious Monk Quartet avec John Coltrane
Live At Carnegie Hall
1957 (publié en 2005)
De juillet à décembre1957, Thelonious Monk et John Coltrane jouent ensemble au Five Spot à New York six soirs par semaine sans interruption. Une expérience intense et singulière pour ces deux musiciens exceptionnels. Enregistré le 29 novembre 1957, ce concert montre une formation soudée et bien rodée autour de deux leaders explosifs qui osent tout autour d’un répertoire constitué de compositions de Monk (à l’exception du standard Sweet and Lovely dans une version d’anthologie). Le quartette est complété par Ahmed Abdul Malik à la contrebasse et Shadow Wilson à la batterie. Il s’agit d’un concert de gala donné en faveur de Harlem auquel participaient aussi d’autres grands jazzmen. Les bandes de ce concert mémorable avaient disparu et ont été retrouvées lors d’un archivage à la Bibliothèque du Congrès. Une aubaine pour le label Blue Note qui publie cet évènement considérable 48 ans plus tard. LE

McCoy Tyner & Jackie McLean
It’s About Time
1985
En 1985, Blue Note renaît de ses cendres, conforté par un évènement important : l’apparition du CD. Le label a trois objectifs : rééditer en CD leur catalogue historique, mettre en lumière de nouveaux talents et faire revenir dans leur écurie des signatures importantes des années 1960. C’est ainsi que le pianiste McCoy Tyner et le saxophoniste Jackie McLean, qui n’avaient jamais enregistré ensemble, se retrouvent en studio. Sur tous les titres, le batteur est l’immense Al Foster, le bassiste est soit Ron Carter, soit Marcus Miller, le trompettiste John Faddis rejoint le quartette sur deux morceaux et enfin sur deux titres, McCoy Tyner joue en trio. Sur un répertoire principalement composé par le pianiste, les deux leaders s’en donnent à cœur joie dans une mouvance hard-bop (Spur of The Moment, Hip Toe) ou sur une très belle ballade romantique (You Taught My Heart To Sing). LE

Bobby McFerrin
Spontaneus Inventions
1986
Si très peu de vocalistes ont enregistrés chez Blue Note depuis sa création (Sheila Jordan, Marlena Shaw, Carmen McRae), les choses vont changer lors de la résurrection du label en 1985. A commencer par le plus doué d’entre tous, le fabuleux Bobby McFerrin, véritable homme-orchestre, cumulant son chant à la pratique du body-rhythm. Ce virtuose des cordes vocales, qui assume en même temps une ligne mélodique aérienne avec une ligne rythmique gutturale, nous subjugue tout au long de cet album. Un disque enregistré lors de prestations live où il est seul la plupart du temps, mais lorsqu’il est accompagné ce sont par de grands maîtres comme Herbie Hancock, Wayne Shorter ou Jon Hendricks. Outre de folles improvisations personnelles, le répertoire comprend aussi le standard I Hear Music, le fameux Walkin’ (sans parole), une reprise des Beatles et de Joan Armatrading, sans oublier un Night of Tunisia d’anthologie. LE

Dianne Reeves
New Morning
1997
Enregistré au New Morning à Paris lors d’un “Jazz Club” de France Musique initié par Claude Carrière, cet enregistrement live “made by Radio France” n’était pas destiné à sortir en disque. Mais lorsque Dianne Reeves a écouté l’enregistrement lors de son retour à New-York en avion, elle a immédiatement contacté son label Blue Note pour qu’il achète les bandes à Radio France. L’affaire fût conclue pour une bouchée de pain (dixit Claude Carrière) et cet album légendaire est souvent considéré comme le meilleur disque de Dianne Reeves. Comme elle ne savait pas que ce concert deviendrait un disque, elle chante sans aucune pression et se lâche comme jamais, multipliant les scats et les improvisations surprises à travers des standards qu’elle magnifie à merveille (Body & Soul, Comes Love, Summertime). Notons également la très belle interaction qu’elle entretient avec ses musiciens (David Torkanowsky, Chris Severin et Herlin Riley). LE

Jacky Terrasson
Smile
2002
Depuis sa signature chez Blue Note en 1994, notre pianiste franco-américain préféré n’a pas chômé, puisque “Smile” est le septième album sur ce label en huit ans ! Enregistré exclusivement en trio avec Sean Smith à la contrebasse (ou Rémi Vignolo à la basse électrique) et Eric Harland à la batterie, cet album ne comporte que deux compositions personnelles sur treize titres. Des reprises stupéfiantes constamment réinventées sous le signe du sourire (Smile), de la nostalgie (Sous le Ciel de Paris, Autumn Leaves) et des histoires d’amour (Isn’t She Lovely, My Funny Valentine). Son talent pianistique nous enchante toujours autant, en particulier lors d’hommages époustouflants aux grands maîtres : Bud Powell (Parisian Thoroughfare) ou Bill Evans (Nardis). Et puis au final, son côté français prend le pas, avec des relectures instrumentales de deux grands chanteurs : Henri Salvador et Maxime Forestier. LE

Scolofoho
Oh !
2002
L’une des idées géniales du Blue Note de Bruce Lundvall et Michael Cuscuna est de réunir des all stars, même si l’expérience ne dure que le temps d’un album et d’une tournée. C’est le cas du quartette Scolofoho, formé par le guitariste John Scofield, le saxophoniste Joe Lovano, le batteur Al foster et le contrebassiste Dave Holland. Un super groupe où les quatre membres sont à égalité et amènent chacun leurs compositions. Ce qui n’empêche pas la musique d’être fluide et cohérente sur des tempos souvent joués dans le registre médium. Une belle connivence unit les quatre mousquetaires, portée par la précieuse et longue collaboration entre Scofield et Lovano. Bien sûr Holland et Foster ne sont pas en reste et constituent une section rythmique élégante et terriblement efficace. Rien à jeter dans les onze titres de cet album, même si notre préférence revient au superbe et envoûtant The Winding Way de Dave Holland. LE

