80 Albums des années 80 - extraits

1 janv. 2014

Cocteau Twins

Treasure

4 AD/Virgin– 1984

Ce “Trésor” est le troisième album de ce groupe écossais, créateur d’une musique irréelle, onirique et étrange, que l’on a qualifiée de dreampop. Un groupe constitué du couple Liz Frazer (chanteuse à la voix éthérée) et du guitariste Robin Guthrie (producteur et compositeur) qui introduit avec ce disque un nouveau bassiste, claviéristeet producteur lui aussi :Simon Raymonde. L’absence de batteur est palliée par une batterie électronique qui contrebalance la légèreté aérienne de cette musique mélancolique par des rythmes lourds, obsessionnels et fascinants. Une architecture sonore originale et convaincante,où plusieurs voix différentes de Fraser sont mixées et donnent l’impression à l’auditeur de planer et d’être dans un monde parallèle où Kate Bush et Siouxsie chanteraient du Purcell new age. L.E

Defunkt

Defunkt

Hannibal – 1980

Formé par le tromboniste et chanteur Joseph Bowie (petit frère de Lester Bowie de l’Art Ensemble Of Chicago), Defunkt a réussi une fusion passionnante, indépassable et indémodable, entre le jazz et le funk et aucune piste de danse des années 1980 n’a pu résister à cette déflagration d’énergie, de feeling et de groove survitaminé. Avec des titres phares comme Make Them Dance, In The Good Times ou Thermonuclear Sweat, cet album explosif dynamite les genreset provoque des secousses sismiques dans nos corps fiévreux avec ses riffs de cuivres rageurs arrangés avec brio par le saxophoniste Byron Bowie (deuxième petit frère), par l’osmose charnelle et vrombissante de la section rythmique et par l’hyper expressivité du jeu de trombone du leader Joseph. L.E

John Cale

Music For A New Society

ZE/Island – 1982

L’ex Velvet Underground Gallois se dévoile comme jamais à l’âge de 40 ans dans ce projetjoué principalement en solo. Un album sombre, profond et introspectif,porté par une musique dépouillée et de belles et mémorables mélodies (Close Watch, Chinese Envoy). Un disque dépressif, mais poignant et cohérent, où Cale, auteur-compositeur, chanteur, multi-instrumentiste, et producteur, réussi en toute sincérité la bande-son idéale qui reflète le mieux ses blessures, ses états d’âme et sa vision du monde. Des clins d’oeil amusantsà Beethoven et Rimsky-Korsakov, la participation de Sam Shepard sur deux textes, de sa femme Rosé Cale qui chante sur un titre et d’un groupe rock emmené par le guitariste Allen Lanier sur le crépusculaire Changes Made.L.E

John Zorn

Godard Spillane

Nato -1985/Nonesuch -1987/Tzadik

Une introduction à l’univers de John Zorn par son versant le plus expérimental et avant-gardiste avec la création de ces deux “file card pieces” qui sont des mises en scène sonores habilement scénarisées et montées très cut avec un sens narratif inouï et une poésie délirante et dadaïste. Un hommage au pape de la nouvelle vague avec une série de collages bruitistes où l’on change d’ambiance musicale à l’image d’un zapping ultra-rapide et cartoonesque et où l’on trouve pêle-mêle Bill Frisell, Carol Emmanuel ou Anthony Coleman et quatre narrateurs dont Zorn lui-même. Puis, dans le même esprit, mais avec une couleur plus jazz et même bluesy (avec les mêmes musiciens mais avec une narration menée par John Lurie et Robert Quine), on va célébrerl’universnoir, violent et sexy du créateur de Mike Hammer. L.E

Père Ubu

Song Of A Bailing Man

Rough Trade – 1982

Ce groupe issu de la scène punk-rock de Cleveland emmené par le chanteuret poète David Thomas(très influencépar Captain Beefheart) doit son nom au héro d’Alfred Jarry. Autant dire qu’histoires saugrenues, dadaïsme, humour noir et visions absurdes,vont fusionner autour d’une musique foutraque, syncopée et cinglante, que l’on pourrait qualifier de free rock. Ce cinquième album n’est pas le plus connu et pourtant il referme de magnifiques pépites de rock surréaliste, originales et revigorantes. L’arrivée du batteur-percussionniste Anton Fier dans le groupe y est pour beaucoup (l’usage du marimba dans A Day Such As This), il insuffle un renouveau musical qui donne une belle cohérence à ce recueil de onze chansons aussi folles qu’inspirées et guidées par une expressivité hors du commun. L.E

Steve Coleman Group

Motherland Pulse

JMT – 1985

Pour son premier album en leader, Steve Coleman fait un démarrage fulgurant avec un groupe soudé (qui ne s’appelle pas encore The Five Elements) et un projet ambitieux sur les racines africaines du jazz et la pulsation rythmique. Obsédé par les nouvelles conceptions rythmiques de Doug Hammond initiéesavec M’Base, Coleman, avec son remarquable batteur Marvin Smith (comme en témoigne leur impressionnant duo sur Another Level), explorent avec bonheur les rythmiques impaires sur différents tempos en survolant tous les styles du jazz. Du blues speedé (Irate Blues)au free bop (Cud Ba-Rith) en passant par de superbes ballades (On This) et avec la présence de deux magiciennes (Geri Allen et Cassandra Wilson), nous sommes séduits par cette étonnante pulsation et ce groove fin, énergique et malicieux. L.E

The Gun Club

Miami

1982 - Animal Records

Du rock sans concession, sauvage et bestial, qui mêle blues, punk, et incantations vaudous, avec poésie et sensibilité. Telle est la recette duGun Club de Jeffrey Lee Pierce, génial chanteur charismatique qui hurle ses obsessions funèbres et désespérées à la manière de Jim Morisson (dans un registre plus haut). Plus que Miami, c’est le sud profond des Etats-Unis, celui de Faulkner et des marécages bouseux de laLouisiane qui hante Jeffrey Lee Pierce(originaire du Texas),en invoquant ses démonscomme un prêcheurhystérique qui aurait vendu son âme au diable. Avec ce deuxième album, très bien produit par Chris Stein (guitariste de Blondie), le groupe atteint des sommets, proposant un rock adulte et puissant empreint d’une fièvre hallucinéequi distille de grands instants de magie et d’émotion.L.E

Violent Femmes

Hallowed Ground

Slash/Polydor – 1984

Ce trio de Milwaukee qui mêle l’énergie du punk-rock dans un registre country-folk est habité par l’esprit religieux et le gospel (initié par son leader Gordon Gano) et utilise une instrumentation minimaliste de style rockabilly (guitare, basse, caisse claire). Avec ce deuxième album qui signifie “Terre Sainte”, le groupe a mûri et l’inspiration musicale est revigorée par l’adjonction de claviers,marimba, banjo, clarinette et d’une section de cuivres déjantée et free, arrangée par John Zornsur le génial Black Girls. Un des autres titres incontournables s’intitule Never Tell et met en scène les tentations diaboliques d’un Gano qui se voudrait pieux, à travers un long morceau délirant où le jeu de basse très inspiré de Brian Ritchie est particulièrement misen avant. L.E