42 ème Edition de Jazz Sous les Pommiers

21 mai 2023

42 ème Edition de Jazz Sous les Pommiers

Du 13 au 20 mai 2023

 

Mardi 16 mai

 

Le mardi de 15h à 18h, au Magic Mirrors de Coutances, nous avons pu assister à la première partie de la scène Jazz Export Days organisé par le CNM (Centre National de la Musique). Une sélection de quatre formations représentatives du jeune jazz français étaient venus jouer des showcases de 30 mn chacun afin de convaincre des programmateurs étrangers venus à Coutances pour l’occasion.

 

C’est le délirant et singulier trio féminin Nout qui ouvrait le bal. Une formation instrumentale originale : flûte, harpe et batterie, joués respectivement par Delphine Joussein, Rafaëlle Rinaudo et Blanche Lafuente. Une musique inclassable autour d’un jazz déjanté, énergique et drôle qui flirte avec le punk-rock, la rébellion et le surréalisme. Les trois dames sont impressionnantes et poussent leurs instruments dans leurs derniers retranchements afin de nous proposer un spectacle unique et innovant.

Le quintette Tigre d’Eau Douce du saxophoniste Laurent Bardainne (avec Arnaud Roulin, Sylvain Daniel, Philippe Gleizes et Fabe Beaurel Bambi) a enchaîné et il a séduit le public avec ses courts morceaux construits comme des chansons instrumentales, faciles à retenir, diablement énergiques et s’apparentant à de hits potentiels. Nous sommes loin du jazz, du ternaire et de l’improvisation, mais c’est terriblement efficace, ludique et  joyeux et ça nous donne une envie irrésistible de danser !

Le jazz avec un grand J, était pourtant bien présent dans ces Jazz Export Days avec le fantastique trio du contrebassiste Théo Girard comprenant le trompettiste Antoine Berjeault et le batteur Antonin Leymarie. Une formation sans instrument harmonique qui propose une musique excitante et exigeante, où les superbes compositions de Théo Girard (comme son fameux tube Champagne) prennent un nouveau relief autour d’une interaction exemplaire. La trompette du talentueux Antoine Berjeault s’octroie un très bel espace et une place de choix au sein de cette formation à la musique particulièrement jouissive.

C’est le quintette Ishkero (Adrien Duterte, Victor Gasq, Arnaud Forestier, Antoine Vidal et Tao Ehrlich) qui a clos cette première journée des Jazz Export Days. Un jazz électrique et funky emmené par cinq jeunes garçons dans le vent qui ont démarré le groupe à leur adolescence puisqu’il paraît qu’ils jouent ensemble depuis 15 ans ! Ça groove à souhait, c’est ludique et ça joue très bien !

A 20h30 au Théâtre, on a pu apprécier la nouvelle (et dernière) création du tromboniste-résident Fidel Fourneyron qui termine ses trois années à Coutances, entouré d’un Brass-Band singulier qui renouvelle le genre. Les compositions de Fidel proposent à chaque fois un très beau dialogue musical entre son trombone et la trompette lyrique de Quentin Ghomari, autour d’une section rythmique puissante emmenée par le tuba de Fanny Meteier, la batterie aux accents réunionnais d’Héloïse Divilly et les claviers électriques et vintage (années 80) de Fabrizio Rat.

L’envie d’assister à la soirée blues me démangeait et à la fin du concert de Fidel Fourneyron, je filais Salle Marcel Hélie pour voir le très beau concert du bluesman Robert Cray qui va bientôt fêter ses 70 ans et à qui l’on donne facilement 20 ans de moins ! Un blues chaleureux et funky renforcé par l’orgue Hammond de Dover Weinberg, la belle voix de Robert et son jeu de guitare fulgurant, interprété essentiellement sur Fender Stratocaster. Si l’on réduit souvent le blues à trois malheureux accords, nous sommes impressionnés par la richesse harmonique du jeu de guitare rythmique de Cray qui explose avec talent ce quota de trois accords ! Du grand art !

Mercredi 17 mai

Deuxième et dernier jour des Jazz Export Days au Magic Mirrors avec tout d’abord l’impressionnant Red Desert Orchestra de la pianiste et cheffe d’orchestre Eve Risser. Un jazz extatique et prégnant aux couleurs africaines, qui nous transmet une folle transe communicative sur des rythmes fous emmenés par des balafons et des djembés, avec une belle brochette de soufflants dont on distingue le saxophoniste Antonin Tri-Hoang, le trompettiste Nils Ostendorf et le tromboniste Mathias Müller.

Après le Red Desert Orchestra, la couleur rouge va continuer à imprégner la scène du Magic Mirrors avec le trio de la pianiste Madeleine Cazenave, justement intitulé « Rouge » ! Un trio qui a encore un peu de mal à trouver sa propre identité, entre des réminiscences de musique classique proche de l’univers de Ravel et des tentations vers des sonorités et des rythmes que n’auraient pas reniés le trio E.S.T. Toujours est-il que cette musique n’est pas dépourvue de talent et d’intérêt avec une mention spéciale au contrebassiste Sylvain Didou, très impressionnant.

Puis ce fût le tour de la chanteuse Camille Bertault d’investir la scène du Magic Mirrors, accompagné entre autres par les talentueux Julien Alour et Minino Garay. Elle nous a interprété des titres de son dernier album « Bonjour Mon Amour » dont elle a écrit l’intégralité des paroles (exclusivement en français) et des musiques. Son charme, sa présence scénique et son brillant sens de l’improvisation nous font facilement oublier quelques petits problèmes de justesse. Nous avons tout de même été surpris que Camille Bertault ne joue pas le jeu du format de 30 mn imposé par ces show cases et chante près de 45 mn alors que tout le monde a respecté cette règle.

Enfin, le dernier des huit groupes de ces Jazz Export Days fût celui du batteur et compositeur guadeloupéen Arnaud Dolmen, magnifiquement entouré de son inséparable complice le pianiste brésilien Leonardo Montana, du saxophoniste Francesco Geminiani et du contrebassiste Samuel F’hima. Un quartette magique qui mêle jazz et musique guadeloupéenne  avec beaucoup de sensibilité et de feeling et qui  suscite beaucoup d’intérêts, au point qu’on lui souhaite beaucoup de succès !

A 18 h au Théâtre, les Antilles nous tendaient à nouveau les bras avec la musique raffinée, élégante et subtile de la contrebassiste et compositrice Sélène Saint-Aimé. Des compositions lumineuses, spirituelles et poétiques portés par un fabuleux groupe avec deux soufflants exceptionnels : Hermon Mehari et Irving Acao. Et puis une brillante et singulière idée qui consiste à mêler le tambour bélé de Martinique (joué par Boris Reine-Adélaïde) ave le tambour Kâ de Guadeloupe (Sonny Troupé).

Toujours au Théâtre, à 22h, ce fût le concert-évènement que tout le monde attendait et qui restera comme un des pics culminants de cette 42 ème édition de Jazz Sous les Pommiers. Il s’agit bien sûr du duo composé du saxophoniste français Pierrick Pédron et du pianiste cubain Gonzalo Rubalcaba. Un évènement bien sûr, car après avoir enregistré leur album il y a près d’un an à New-York, ils n’avaient pas encore eu l’occasion de rejouer ensemble et cette prestation au Théâtre de Coutances demeurera à jamais leur tout premier concert ensemble ! Ils ont interprété avec brio les titres de leur album avec beaucoup de classe et une belle concentration. L’interaction entre ses deux musiciens de premier plan était à son maximum, ils se comprennent au quart de tour et rebondissent chacun aux propositions de l’autre avec une facilité déconcertante. Un moment magique et inoubliable porté par une musique d’un niveau exceptionnel.

Lionel Eskenazi.